Ceci s'oppose à notre Ecole, après durée suffisante d'organes ébauchés sur des principes limitatifs. Nous n'instituons du nouveau que dans le fonctionnement. Il est vrai que de là apparaît la solution du problème de la Société psychanalytique.
Laquelle se trouve dans la distinction de la hiérarchie et du gradus. Je vais produire au début de cette année ce pas constructif :
1) le produire - vous le montrer ;
2) vous mettre en fait à en produire l'appareil, lequel doit reproduire ce pas en ces deux sens.
Rappelons chez nous l'existant.
D'abord un principe : le psychanalyste ne s'autorise que de lui-même. Ce principe est inscrit aux textes originels de l'Ecole et décide de sa position.
Ceci n'exclut pas que l'Ecole garantisse qu'un analyste relève de sa formation.
Elle le peut de son chef.
Et l'analyste peut vouloir cette garantie, ce qui dès lors ne peut qu'aller au-delà : devenir responsable du progrès de l'Ecole, devenir psychanalyste de son expérience même.
A y regarder de cette vue, on reconnaît que dès maintenant c'est à ces deux formes que répondent :
I. l'A.M.E. ou analyste membre de l'Ecole, constitué simplement par le fait que l'Ecole le reconnaît comme psychanalyste ayant fait ses preuves.
C'est là ce qui constitue la garantie venant de l'Ecole, distinguée d'abord. L'initiative en revient à l'Ecole, où l'on n'est admis à la base que dans le projet d'un travail et sans égard de provenance ni de qualifications. Un analyste-praticien n'y est enregistré au départ qu'au même titre où on l'y inscrit médecin, ethnologue, et tutti quanti.
Il. l'A.E. ou analyste de l'Ecole, auquel on impute d'être de ceux qui peuvent témoigner des problèmes cruciaux aux points vifs où ils en sont pour l'analyse, spécialement en tant qu'eux-mêmes sont à la tâche ou du moins sur la brèche de les résoudre.
Cette place implique qu'on veuille l'occuper : on ne peut y être qu'à l'avoir demandé de fait, sinon de forme.
Que l'École puisse garantir le rapport de l'analyste à la formation qu'elle dispense, est donc établi.
Elle le peut, et le doit dès lors.
C'est ici qu'apparaît le défaut, le manque d'invention, pour remplir un office (soit celui dont se targuent les sociétés existantes) en y trouvant des voies différentes, qui évitent les inconvénients (et les méfaits) du régime de ces sociétés.
L'idée que le maintien d'un régime semblable est nécessaire à régler le gradus, est à relever dans ses effets de malaise. Ce malaise ne suffit pas à justifier la maintenance de l'idée. Encore moins son retour pratique.
Qu'il y ait une règle du gradus est impliqué dans une École, encore plus certainement que dans une société. Car après tout dans une société, nul besoin de cela, quand une société n'a d'intérêts que scientifiques.
Mais il y a un réel en jeu dans la formation même du psychanalyste. Nous tenons que les sociétés existantes se fondent sur ce réel.
Nous partons aussi du fait qui a pour lui toute apparence, que Freud les a voulues telles qu'elles sont.
Le fait n'est pas moins patent - et pour nous concevable - que ce réel provoque sa propre méconnaissance, voire produise sa négation systématique.
Il est donc clair que Freud a pris le risque d'un certain arrêt. Peut-être plus : qu'il y a vu le seul abri possible pour éviter l'extinction de l'expérience.
Que nous nous affrontions à la question ainsi posée, n'est pas mon privilège. C'est la suite même, disons-le au moins pour les analystes de l'École, du choix qu'ils ont fait de l'École.
Ils s'y trouvent groupés de n'avoir pas voulu par un vote accepter ce qu'il emportait : la pure et simple survivance d'un enseignement, celui de Lacan.
Quiconque ailleurs reste à dire qu'il s'agissait de la formation des analystes, en a menti. Car il a suffi qu'on vote dans le sens souhaité par l'I.P.A., pour y obtenir son entrée toutes voiles dehors, à l'ablution reçue près pour un court temps d'un sigle made in English (on n'oubliera le french group). Mes analysés, comme on dit, y furent même particulièrement bien venus, et le seraient encore si le résultat pouvait être de me faire taire.
On le rappelle tous les jours à qui veut bien l'entendre.
C'est donc à un groupe à qui mon enseignement était assez précieux, voire assez essentiel, pour que chacun délibérant ait marqué préférer son maintien à l'avantage offert, - ceci sans voir plus loin, de même que sans voir plus loin, j'interrompais mon séminaire à la suite dudit vote -, c'est à ce groupe en mal d'issue que j'ai offert la fondation de l'École.
A ce choix décisif pour ceux qui sont ici, se marque la valeur de l'enjeu. Il peut y avoir un enjeu, qui pour certains vaille au point de leur être essentiel, et c'est mon enseignement.
Si ledit enseignement est sans rival pour eux, il l'est pour tous, comme le prouvent ceux qui s'y pressent sans en avoir payé le prix, la question étant suspendue pour eux du profit qui leur en reste permis.
Sans rival ici ne veut pas dire une estimation, mais un fait : nul enseignement ne parle de ce qu'est la psychanalyse. Ailleurs, et de façon avouée, on ne se soucie que de ce qu'elle soit conforme.
Il y a solidarité entre la panne, voire les déviations que montre la psychanalyse et la hiérarchie qui y règne, - et que nous désignons, bienveillamment on nous l'accordera, comme celui d'une cooptation de sages.
La raison en est que cette cooptation promeut un retour à un statut de la prestance, conjoignant la prégnance narcissique à la ruse compétitive. Retour qui restaure des renforcements du relaps ce que la psychanalyse didactique a pour fin de liquider.
C'est l'effet qui porte son ombre sur la pratique de la psychanalyse, - dont la terminaison, l'objet, le but même s'avèrent inarticulables après un demi-siècle au moins d'expérience suivie.
Y porter remède chez nous doit se faire de la constatation du défaut dont j'ai fait état, loin de songer à le voiler.
Mais c'est pour prendre en ce défaut, l'articulation qui manque.
Elle ne fait que recouper ce qu'on trouvera partout, et qui est su depuis toujours, c'est qu'il ne suffit pas de l'évidence d'un devoir pour le remplir. C'est par le biais de sa béance, qu'il peut être mis en action, et il l'est chaque fois qu'on trouve le moyen d'en user.
Pour vous y introduire, je m'appuierai sur les deux moments du raccord de ce que j'appellerai respectivement dans ce déduit la psychanalyse en extension, soit tout ce que résume la fonction de notre École en tant qu'elle présentifie la psychanalyse au monde, et la psychanalyse en intension, soit la didactique, en tant qu'elle ne fait pas que d'y préparer des opérateurs.
On oublie en effet sa raison d'être prégnante, qui est de constituer la psychanalyse comme expérience originale, de la pousser au point qui en figure la finitude pour en permettre l'après-coup, effet de temps, on le sait, qui lui est radical.
Cette expérience est essentielle à l'isoler de la thérapeutique, qui ne distord pas la psychanalyse seulement de relâcher sa rigueur.
Observerai-je en effet qu'il n'y a aucune définition possible de la thérapeutique si ce n'est la restitution d'un état premier. Définition justement impossible à poser dans la psychanalyse.
Pour le primum non nocere, n'en parlons pas, car il est mouvant de ne pouvoir être déterminé primum au départ à quoi choisir de ne pas nuire ! Essayez. Il est trop facile dans cette condition de mettre à l'actif d'une cure quelconque le fait de n'avoir pas nui à quelque chose. Ce trait forcé n'a d'intérêt que de tenir sans doute d'un indécidable logique.
On peut trouver le temps révolu où ce à quoi il s'agissait de ne pas nuire, c'était à l'entité morbide. Mais le temps du médecin est plus intéressé qu'on ne croit dans cette révolution, - en tout cas l'exigence devenue plus précaire de ce qui rend ou non médical un enseignement. Digression.
Nos points de raccord, où ont à fonctionner nos organes de garantie, sont connus : c'est le début et la fin de la psychanalyse, comme aux échecs. Par chance, ce sont les plus exemplaires pour sa structure. Cette chance doit tenir de ce que nous appelons la rencontre.
Au commencement de la psychanalyse est le transfert. Il l'est par la grâce de celui que nous appellerons à l'orée de ce propos : le psychanalysant1. Nous n'avons pas à rendre compte de ce qui le conditionne. Au moins ici. Il est au départ. Mais qu'est-ce que c'est ?
Je suis étonné que personne n'ait jamais songé à m'opposer, vu certains termes de ma doctrine, que le transfert fait à lui seul objection à l'intersubjectivité. Je le regrette même, vu que rien n'est plus vrai : il la réfute, il est sa pierre d'achoppement. Aussi bien est-ce pour établir le fond où l'on puisse en apercevoir le contraste, que j'ai promu d'abord ce que d'intersubjectivité implique l'usage de la parole. Ce terme fut donc une façon, façon comme une autre, dirais-je, si elle ne s'était pas imposée à moi, de circonscrire la portée du transfert.
Là-dessus, là où il faut bien qu'on justifie son lot universitaire, on s'empare dudit terme, supposé, sans doute parce que j'en ai usé, être lévitatoire. Mais qui me lit, peut remarquer I'en réserve dont je fais jouer cette référence pour la conception de la psychanalyse. Cela fait partie des concessions éducatives à quoi j'ai dû me livrer pour le contexte d'ignorantisme fabuleux où j'ai dû proférer mes premiers séminaires.
Peut-on maintenant douter qu'à rapporter au sujet du cogito ce que l'inconscient nous découvre, qu'à en avoir défini la distinction de l'autre imaginaire, dit familièrement, petit autre, du lieu d'opération du langage, posé comme étant le grand Autre, j'indique assez qu'aucun sujet n'est supposable par un autre sujet, si ce terme doit bien être pris du côté de Descartes. Qu'il lui faille Dieu ou plutôt la vérité dont il le crédite, pour que le sujet vienne se loger sous cette même cape qui habille de trompeuses ombres humaines, - que Hegel à le reprendre pose l'impossibilité de la coexistence des consciences, en tant qu'il s'agit du sujet promis au savoir, - n'est-ce pas assez pour pointer la difficulté, dont précisément notre impasse, celle du sujet de l'inconscient, offre la solution - à qui sait la former.
Il est vrai qu'ici Jean-Paul Sartre, fort capable de s'apercevoir que la lutte à mort n'est pas cette solution, puisqu'on ne saurait détruire un sujet, et qu'aussi bien elle est dans Hegel à sa naissance préposée, en prononce à huis-clos la sentence phénoménologique : c'est l'enfer. Mais comme c'est faux, et de façon justiciable de la structure, le phénomène montrant bien que le lâche, s'il n'est pas fou, peut fort bien s'arranger du regard qui le fixe, cette sentence prouve aussi que l'obscurantisme a son couvert mis pas seulement aux agapes de droite.
Le sujet supposé savoir est pour nous le pivot d'où s'articule tout ce qu'il en est du transfert. Dont les effets échappent, à faire pince pour les saisir du pun assez maladroit à s'établir du besoin de la répétition à la répétition du besoin.
Ici le lévitant de l'intersubjectivité montrera sa finesse à interroger : sujet supposé par qui ? sinon par un autre sujet.
Un souvenir d'Aristote, une goutte des catégories, prions-nous, pour décrotter ce sujet du subjectif. Un sujet ne suppose rien, il est supposé.
Supposé, enseignons-nous, par le signifiant qui le représente pour un autre signifiant.
Écrivons comme il convient le supposé de ce sujet en mettant le savoir à sa place d'attenance de la supposition :

Sous la barre, mais réduite à l'empan supposant du premier signifiant le représente le sujet qui en résulte impliquant dans la parenthèse le savoir, supposé présent, des signifiants dans l'inconscient, signification qui tient la place du référent encore latent dans ce rapport tiers qui l'adjoint au couple signifiant-signifié.
On voit que si la psychanalyse consiste dans le maintien d'une situation convenue entre deux partenaires, qui s'y posent comme le psychanalysant et le psychanalyste, elle ne saurait se développer qu'au prix du constituant ternaire qu'est le signifiant introduit dans le discours qui s'en instaure, celui qui a nom : le sujet supposé savoir, formation, elle, non d'artifice mais de veine, comme détachée du psychanalysant.
Nous avons à voir ce qui qualifie le psychanalyste à répondre à cette situation dont on voit qu'elle n'enveloppe pas sa personne. Non seulement le sujet supposé savoir n'est pas réel en effet, mais il n'est nullement nécessaire que le sujet en activité dans la conjoncture, le psychanalysant (seul à parler d'abord), lui en fasse l'imposition.
C'est même si peu nécessaire que ce n'est pas vrai d'ordinaire : ce que démontre dans les premiers temps du discours, une façon de s'assurer que le costume ne va pas au psychanalyste, - assurance contre la crainte qu'il n'y mette, si je puis dire, trop tôt ses plis.
Ce qui nous importe ici c'est le psychanalyste, dans sa
relation au savoir du sujet supposé, non pas seconde mais directe.
Il est clair que du savoir supposé, il ne sait
rien. Le Sq de la première ligne n'a rien à faire
avec les S en chaîne de la seconde et ne peut s'y trouver que par
rencontre. Pointons ce fait pour y réduire l'étrangeté
de l'insistance que met Freud à nous recommander d'aborder chaque
cas nouveau comme si nous n'avions rien acquis de ses premiers déchiffrements.
Ceci n'autorise nullement le psychanalyste à se
suffire de savoir qu'il ne sait rien, car ce dont il s'agit, c'est de ce
qu'il a à savoir.
Ce qu'il a à savoir, peut être tracé
du même "en réserve" selon lequel opère toute logique
digne de ce nom. Ca ne veut rien dire de particulier, mais ça s'articule
en chaîne de lettres si rigoureuses qu'à la condition de n'en
pas rater une, le non-su s'ordonne comme le cadre du savoir.
L'étonnant est qu'avec ça on trouve quelque
chose, les nombres transfinis par exemple. Qu'était-il d'eux, avant
?
J'indique ici leur rapport au désir qui leur a donné consistance.
Il est utile de penser à l'aventure d'un Cantor, aventure qui ne
fut pas précisément gratuite, pour suggérer l'ordre,
ne fût-il pas, lui, transfini, où le désir du psychanalyste
se situe.
Cette situation rend compte à l'inverse, de l'aise
apparente dont s'installent aux positions de direction dans les sociétés
existantes ce qu'il faut bien appeler des néants. Entendez-moi :
l'important n'est pas la façon dont ces néants se meublent
(discours sur la bonté ?) pour le dehors, ni la discipline que suppose
le vide soutenu à l'intérieur (il ne s'agit pas de sottise),
c'est que ce néant (du savoir) est reconnu de tous, objet usuel
si l'on peut dire, pour les subordonnés et monnaie courante de leur
appréciation des Supérieurs.
La raison s'en trouve dans la confusion sur le zéro,
où l'on reste en un champ où elle n'est pas de mise. Personne
qui se soucie dans le gradus d'enseigner ce qui distingue le vide
du rien, ce qui pourtant n'est pas pareil, - ni le trait repère
pour la mesure, de l'élément neutre impliqué dans
le groupe logique, non plus que la nullité de l'incompétence,
du non-marqué de la naïveté, d'où tant de choses
prendraient leur place.
C'est pour parer à ce défaut, que j'ai
produit le huit intérieur et généralement la topologie
dont le sujet se soutient.
Ce qui doit disposer un membre de l'Ecole à pareilles
études est la prévalence que vous pouvez saisir dans l'algorithme
plus haut produit, mais qui n'en demeure pas moins pour ce qu'on l'ignore,
la prévalence manifeste où que ce soit dans la psychanalyse
en extension comme dans celle en intension, de ce que j'appellerai savoir
textuel pour l'opposer à la notion référentielle qui
la masque.
De tous les objets que le langage ne propose pas seulement au savoir, mais qu'il a d'abord mis au monde de la réalité, de la réalité de l'exploitation interhumaine, on ne peut dire que le psychanalyste soit expert. Ca vaudrait mieux, mais c'est de fait plutôt court.
Le savoir textuel n'était pas parasite à avoir animé une logique dont la nôtre trouve leçon à sa surprise (je parle de celle du Moyen-Age), et ce n'est pas à ses dépens qu'elle a su faire face au rapport du sujet à la Révélation.
Ce n'est pas de ce que la valeur religieuse de celle-ci nous est devenue indifférente, que son effet dans la structure doit être négligé. La psychanalyse a consistance des textes de Freud, c'est là un fait irréfutable. On sait ce que, de Shakespeare à Lewis Carrol, les textes apportent à son génie et à ses praticiens.
Voilà le champ où se discerne qui admettre à son étude. C'est celui dont le sophiste et le talmudiste, le colporteur de contes et l'aède ont pris la force, qu'à chaque instant nous récupérons plus ou moins maladroitement pour notre usage.
Qu'un Lévi-Strauss en ses mythologiques, lui donne son statut scientifique, est bien pour nous faciliter d'en faire seuil à notre sélection.
Rappelons le guide que donne mon graphe à l'analyse et l'articulation qui s'en isole du désir dans les instances du sujet.
C'est pour noter l'identité de l'algorithme ici précisé, avec ce qui est connoté dans le Banquet comme agalma.
Où est mieux dit que ne l'y fait Alcibiade, que les embûches d'amour du transfert n'ont de fin que d'obtenir ce dont il pense que Socrate est le contenant ingrat ?
Mais qui sait mieux que Socrate qu'il ne détient que la signification qu'il engendre à retenir ce rien, ce qui lui permet de renvoyer Alcibiade au destinataire présent de son discours, Agathon (comme par hasard) ceci pour vous apprendre qu'à vous obséder de ce qui dans le discours du psychanalysant vous concerne, vous n'y êtes pas encore.
Mais est-ce là tout ? quand ici le psychanalysant est identique à l'a g a l m a, la merveille à nous éblouir, nous tiers, en Alcibiade. N'est-ce pas pour nous occasion d'y voir s'isoler le pur biais du sujet comme rapport libre au signifiant, celui dont s'isole le désir du savoir comme désir de l'Autre.
Comme tous ces cas particuliers qui font le miracle grec, celui-ci ne nous présente que fermée la boîte de Pandore. Ouverte, c'est la psychanalyse, dont Alcibiade n'avait pas besoin.
Avec ce que j'ai appelé la fin de partie, nous sommes - enfin - à l'os de notre propos de ce soir. La terminaison de la psychanalyse dite superfétatoirement didactique, c'est le passage en effet du psychanalysant au psychanalyste.
Notre propos est d'en poser une équation dont la constante est l'agalma.
Le désir du psychanalyste, c'est son énonciation,
laquelle ne saurait s'opérer qu'à ce qu'il y vienne en position
de l'x :
de cet x même, dont la solution au psychanalysant
livre son être et dont la valeur se note (-phi ), la béance
que l'on désigne comme la fonction du phallus à l'isoler
dans le complexe de castration, ou (a) pour ce qui l'obture de l'objet
qu'on reconnaît sous la fonction approchée de la relation
prégénitale. (C'est elle que le cas Alcibiade se trouve annuler
ce que connote la mutilation des Hermès.)
La structure ainsi abrégée vous permet
de vous faire idée de ce qui se passe au terme de la relation du
transfert, soit : quand le désir s'étant résolu qui
a soutenu dans son opération le psychanalysant, il n'a plus envie
à la fin d'en lever l'option, c'est-à-dire le reste qui comme
déterminant sa division, le fait déchoir de son fantasme
et le destitue comme sujet.
Voilà-t-il pas le grand motus qu'il nous
faut garder entre nous, qui en prenons, psychanalystes, notre suffisance,
alors que la béatitude s'offre au-delà de l'oublier nous-même
?
N'irions-nous à l'annoncer, décourager
les amateurs ? La destitution subjective inscrite sur le ticket d'entrée...,
n'est-ce point provoquer l'horreur, l'indignation, la panique, voire l'attentat,
en tout cas donner le prétexte à l'objection de principe
?
Seulement faire interdiction de ce qui s'impose de notre
être, c'est nous offrir à un retour de destinée qui
est malédiction. Ce qui est refusé dans le symbolique, rappelons-en
le verdict lacanien, reparaît dans le réel.
Dans le réel de la science qui destitue le sujet
bien autrement dans notre époque, quand seuls ses tenants les plus
éminents, un Oppenheimer, s'en affolent.
Voilà où nous démissionnons de ce
qui nous fait responsables, à savoir la position où j'ai
fixé la psychanalyse dans sa relation à la science, celle
d'extraire la vérité qui lui répond en des termes
dont le reste de voix nous est alloué.
De quel prétexte abritons-nous ce refus, quand
on sait bien quelle insouciance protège vérité et
sujets tout ensemble, et qu'à promettre aux seconds la première,
cela ne fait ni chaud ni froid qu'à ceux qui déjà
en sont proches. Parler de destitution subjective n'arrêtera jamais
l'innocent, qui n'a de loi que son désir.
Nous n'avons de choix qu'entre affronter la vérité
ou ridiculiser notre savoir.
Cette ombre épaisse à recouvrir ce raccord
dont ici je m'occupe, celui où le psychanalysant passe au psychanalyste,
voilà ce que notre École peut s'employer à dissiper.
Je n'en suis pas plus loin que vous dans cette oeuvre
qui ne peut être menée seul, puisque la psychanalyse en fait
l'accès.
Je dois me contenter ici d'un flash ou deux à
la précéder.
A l'origine de la psychanalyse, comment ne pas rappeler
ce que, d'entre nous, a fait enfin Mannoni, que le psychanalyste, c'est
Fliess, c'est-à-dire le médicastre, le chatouilleur de nez,
l'homme à qui se révèle le principe mâle et
le femelle dans les nombres 21, 28, ne vous en déplaise,
bref ce savoir que le psychanalysant, Freud le scientiste, comme s'exprime
la petite bouche des âmes ouvertes à l'oecuménisme,
rejette de toute la force du serment qui le lie au programme d'Helmholtz
et de ses complices.
Que cet article ait été donné à une revue qui ne permettait guère que le terme du : " sujet supposé savoir" y parût autrement que perdu au milieu d'une page, n'ôte rien au prix qu'il peut avoir pour nous.
En nous rappelant "l'analyse originelle", il nous remet au pied de la dimension de mirage où s'assoit la position du psychanalyste et nous suggère qu'il n'est pas sûr qu'elle soit réduite tant qu'une critique scientifique n'aura pas été établie dans notre discipline.
Le titre prête à la remarque que la vraie
originelle ne peut être que la seconde, de constituer la répétition
qui de la première fait un acte, car c'est elle qui y introduit
l'après-coup propre au temps logique, qui se marque de ce que le
psychanalysant est passé au psychanalyste. (Je veux dire Freud lui-même
qui sanctionne là de n'avoir pas fait une auto-analyse.)
Je me permets en outre de rappeler à Mannoni que
la scansion du temps logique inclut ce que j'ai appelé le moment
de comprendre, justement de l'effet produit (qu'il reprenne mon sophisme)
par la non-compréhension, et qu'à éluder en somme
ce qui fait l'âme de son article il aide à ce qu'on comprenne
à-côté.
Je rappelle ici que le tout-venant que nous recrutons
sur la base de "comprendre ses malades", s'engage sur un malentendu qui
n'est pas sain comme tel.
Flash maintenant où nous en sommes. Avec la fin
de l'analyse hypomaniaque, décrite par notre Balint comme le dernier
cri, c'est le cas de le dire, de l'identification du psychanalysant à
son guide, - nous touchons la conséquence du refus dénoncé
plus haut (louche refus :
Telle est la position des sociétés existantes. Elle rejette notre propos dans un au-delà de la psychanalyse.
Le passage du psychanalysant au psychanalyste a une porte dont ce reste qui fait leur division est le gond, car cette division n'est autre que celle du sujet, dont ce reste est la cause.
Dans ce virage où le sujet voit chavirer l'assurance qu'il prenait de ce fantasme où se constitue pour chacun sa fenêtre sur le réel, ce qui s'aperçoit, c'est que la prise du désir n'est rien que celle d'un désêtre.
En ce désêtre se dévoile l'inessentiel
du sujet supposé savoir, d'où le psychanalyste à venir
se voue à l'agalma de l'essence du désir,
prêt à le payer de se réduire, lui et son nom, au signifiant
quelconque.
Car il a rejeté l'être qui ne savait pas
la cause de son fantasme, au moment même où enfin ce savoir
supposé, il l'est devenu.
"Qu'il sache de ce que je ne savais pas de l'être
du désir, ce qu'il en est de lui, venu à l'être du
savoir, et qu'il s'efface." Sicut palea, comme Thomas dit de son
œuvre à la fin de sa vie, - comme du fumier.
Ainsi l'être du désir rejoint l'être
du savoir pour en renaître à ce qu'ils se nouent en une bande
faite du seul bord où s'inscrit un seul manque, celui que soutient
l'agalma.
La paix ne vient pas aussitôt sceller cette métamorphose
où le partenaire s'évanouit de n'être plus que savoir
vain d'un être qui se dérobe.
Touchons là la futilité du terme de liquidation pour ce trou où seulement se résout le transfert. Je n'y vois, contre l'apparence, que dénégation du désir de l'analyste.
Car qui, à apercevoir les deux partenaires jouer comme les deux pales d'un écran tournant dans mes dernières lignes, ne peut saisir que le transfert n'a jamais été que le pivot de cette alternance même.
Ainsi de celui qui a reçu la clef du monde dans la fente de l'impubère, le psychanalyste n'a plus à attendre un regard, mais se voit devenir une voix.
Et cet autre qui, enfant, a trouvé son représentant
représentatif dans son irruption à travers le journal déployé
dont s'abritait le champ d'épandage des pensées de son géniteur,
renvoie au psychanalyste l'effet d'angoisse où il bascule dans sa
propre déjection.
Ainsi la fin de la psychanalyse garde en elle une naïveté,
dont la question se pose si elle doit être tenue pour une garantie
dans le passage au désir d'être psychanalyste.
D'où pourrait donc être attendu un témoignage
juste sur celui qui franchit cette passe, sinon d'un autre qui, comme lui,
l'est encore, cette passe, à savoir en qui est présent
à ce moment le désêtre où son psychanalyste
garde l'essence de ce qui lui est passé comme un deuil, sachant
par là, comme tout autre en fonction de didacticien, qu'à
eux aussi ça leur passera.
Qui pourrait mieux que ce psychanalysant dans la passe,
y authentifier ce qu'elle a de la position dépressive ? Nous n'éventons
là rien dont on se puisse donner les airs, si on n'y est pas.
C'est ce que je vous proposerai tout à l'heure comme l'office à confier pour la demande du devenir analyste de l'École à certains que nous y dénommerons : passeurs.
Ils auront chacun été choisi par un analyste de l'École, celui qui peut répondre de ce qu'ils sont en cette passe ou de ce qu'ils y soient revenus, bref encore liés au dénouement de leur expérience personnelle. C'est à eux qu'un psychanalysant, pour se faire autoriser comme analyste de l'Ecole, parlera de son analyse, et le témoignage qu'ils sauront accueillir du vif même de leur propre passé sera de ceux que ne recueille jamais aucun jury d'agrément. La décision d'un tel jury en serait donc éclairée, ces témoins bien entendu n'étant pas juges.
Inutile d'indiquer que cette proposition implique une cumulation de l'expérience, son recueil et son élaboration, une sériation de sa variété, une notation de ses degrés.
Qu'il puisse sortir des libertés de la clôture
d'une expérience, c'est ce qui tient à la nature de l'après-coup
dans la signifiance.
De toute façon cette expérience ne peut
pas être éludée. Ses résultats doivent être
communiqués : à l'École d'abord pour critiques, et
corrélativement mis à portée de ces sociétés
qui, tout exclus qu'elles nous aient faits, n'en restent pas moins notre
affaire.
Le jury fonctionnant ne peut donc s'abstenir d'un travail
de doctrine, au-delà de son fonctionnement de sélecteur.
Avant de vous en proposer une forme, je veux indiquer
que conformément à la topologie du plan projectif, c'est
à l'horizon même de la psychanalyse en extension, que se noue
le cercle intérieur que nous traçons comme béance
de la psychanalyse en intension.
Cet horizon, je voudrais le centrer de trois points de
fuite perspectifs, remarquables d'appartenir chacun à l'un des registres
dont la collusion dans l'hétérotopie constitue notre expérience.
Dans le symbolique, nous avons le mythe oedipien.
Observons par rapport au noyau de l'expérience
sur lequel nous venons d'insister, ce que j'appellerai techniquement la
facticité de ce point. Il relève en effet d'une mythogénie,
dont on sait qu'un des constituants est sa redistribution. Or L'Oedipe,
d'y être ectopique (caractère souligné par un Kroeber),
pose un problème.
L'ouvrir permettrait de restaurer, à la relativer
même, sa radicalité dans l'expérience.
Je voudrais éclairer ma lanterne simplement de
ceci que, retirez l'Oedipe, et la psychanalyse en extension, dirai-je,
devient tout entière justiciable du délire du président
Schreber.
Contrôlez-en la correspondance point par point,
certainement pas atténuée depuis que Freud l'a notée
en n'en déclinant pas l'imputation. Mais laissons ce que mon séminaire
sur Schreber a offert à ceux qui pouvaient l'entendre.
Il y a d'autres aspects de ce point relatifs à
nos rapports à l'extérieur, ou plus exactement à notre
extraterritorialité, terme essentiel en l'Écrit, que je tiens
pour préface à cette proposition.
Observons la place que tient l'idéologie oedipienne
pour dispenser en quelque sorte la sociologie depuis un siècle de
prendre parti, comme elle dut le faire avant, sur la valeur de la famille,
de la famille existante, de la famille petite-bourgeoise dans la civilisation,
- soit dans la société véhiculée par la science.
Bénéficions-nous ou pas de ce que là nous couvrons
à notre insu ?
Le second point est constitué par le type existant,
dont la facticité cette fois est évidente, de l'unité
: société de psychanalyse, en tant que coiffée par
un exécutif à l'échelle internationale.
Nous l'avons dit, Freud l'a voulu ainsi, et le sourire
gêné dont il rétracte le romantisme de la sorte de
Komintern clandestin auquel il a d'abord donné son blanc-seing (cf.
Jones, cité dans mon Écrit), ne fait que mieux le
souligner.
La nature de ces sociétés et le mode sur
lequel elles obtempèrent, s'éclaire de la promotion par Freud
de l'Église et de l'Armée comme modèles de ce qu'il
conçoit comme la structure du groupe. (C'est par ce terme en effet
qu'il faudrait traduire aujourd'hui Masse de sa Massenpsychologie.)
L'effet induit de la structure ainsi privilégiée
s'éclaire encore d'y ajouter la fonction dans l'Église et
dans l'Armée du sujet supposé savoir. Étude pour qui
voudra l'entreprendre : elle irait loin.
A s'en tenir au modèle freudien, apparaît
de façon éclatante la faveur qu'en reçoivent les identifications
imaginaires, et du même coup la raison qui enchaîne la psychanalyse
en intension à y limiter sa considération, voire sa portée.
Un de mes meilleurs élèves en a fort bien
reporté le tracé sur l'oedipe lui-même en définissant
la fonction du Père idéal.
Cette tendance, comme on dit, est responsable de la relégation
au point d'horizon précédemment défini de ce qui est
qualifiable d'œdipien dans l'expérience.
La troisième facticité, réelle,
trop réelle, assez réelle pour que le réel soit plus
bégueule à le promouvoir que la langue, c'est ce que rend
parlable le terme du : camp de concentration, sur lequel il nous semble
que nos penseurs, à vaguer de l'humanisme à la terreur, ne
se sont pas assez concentrés.
Abrégeons à dire que ce que nous en avons
vu émerger, pour notre horreur, représente la réaction
de précurseurs par rapport à ce qui ira en se développant
comme conséquence du remaniement des groupements sociaux par la
science, et nommément de l'universalisation qu'elle y introduit.
Notre avenir de marchés communs trouvera sa balance
d'une extension de plus en plus dure des procès de ségrégation.
Faut-il attribuer à Freud d'avoir voulu, vu son
introduction de naissance au modèle séculaire de ce processus,
assurer en son groupe le privilège de la flottabilité universelle
dont bénéficient les deux institutions susnommées
? Ce n'est pas impensable.
Quoi qu'il en soit, ce recours ne rend pas plus aisé
au désir du psychanalyste de se situer dans cette conjoncture.
Rappelons que si l'I.P.A. de la Mitteleuropa a démontré
sa préadaptation à cette épreuve en ne perdant dans
les dits camps pas un seul de ses membres, elle a dû à ce
tour de force de voir se produire après la guerre une ruée,
qui n'était pas sans avoir sa doublure de rabattage (cent psychanalystes
médiocres, souvenons-nous), de candidats dans l'esprit desquels
le motif de trouver abri contre la marée rouge, fantasme d'alors,
n'était pas absent.
Que la "coexistence", qui pourrait bien elle aussi s'éclairer
d'un transfert, ne nous fasse pas oublier un phénomène qui
est une de nos coordonnées géographiques, c'est le cas de
le dire, et dont les bafouillages sur le racisme masquent plutôt
la portée.
