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D'un discours qui ne serait pas du semblant
(6)



 

Séminaire oral du 17 mars 1971

Jacques Lacan

ceci n'est pas une pipe

En rapport avec les documents sonores disponibles en archives au groupe Lutecium, les extraits que nous proposons sur cette page sont une transcription de la séance qui a été relue à l'aide de la bande son. (juin 2001)
 

 

Transcription de la version parlée

NdR  - les crochets [...] indiquent un mot ou passage inaudible, souvent en aparté

    ...

     rires, par exemple, dans un cas, on pourrait demander à quelqu'un de sortir... 
    A la limite, je pourrais faire une crise de nerfs et m’en aller moi-même. 
    C’est pourquoi dans l'autre, dans l'autre amphi, ça ressemblait un peu trop au plus grand nombre de cas où on croit qu'il existe un rapport sexuel, parce qu'on est coincé. [...]

    Ça va me permettre de vous demander de lever le doigt. 
    Quels sont ceux qui, sur ma suggestion extrême, ont fait l'effort de relire de la page 31 à 40 de ce que l'on appelle mes Ecrits ? 
    [...] ...lever le doigt, si l'on peut lever le doigt !

    Il n'y en a pas tellement que ça ...

    Je ne vais pas faire une crise de nerfs et m'en aller tout simplement puisqu'en somme [...] pour demander à quelqu'un quel rapport il a pu éventuellement sentir de ces pages, de ces pages à ce dont j'ai dit que j'y parlais, à savoir du phallus.
    Qui est-ce qui se sent d'humeur, vous voyez, je n'interpelle personne, qui est-ce qui se sent d'humeur à en dire quelque chose, voir ceci que, pourquoi pas, il n'y a guère moyen de s'en apercevoir.
    Est-ce que quelqu'un aurait la gentillesse de me communiquer un petit bout de la réflexion qu'a pu lui inspirer, je ne dis pas ces pages, mais ce que la dernière fois j'ai dit de ce en quoi elles consistaient à mon gré.

    Est-ce que vous les avez relues ces pages ? Vous ne les avez pas relues ! foutez le camp ! rires...
    Enfin, c'est bien ennuyeux, ce n'est tout de même pas moi qui vais vous en faire la lecture, ça c'est vraiment trop me demander. Mais enfin [...] je suis un tout petit peu étonné quand même, je suis un tout petit peu étonné de ne pas pouvoir, sauf à entrer dans [...] 1 d'obtenir une réponse.

    Ce qui est tout de même très ennuyeux. C'est plutôt très ennuyeux, je parle très précisément dans ces pages de la fonction du phallus en tant qu'elle s'articule, qu'elle s'articule dans un certain discours, et ce n'était pourtant pas le temps où j'avais encore même ébauché de construire cette variété, cette combinaison tétraédrique à quatre sommets que je vous ai présentée l'année dernière et je constate pourtant que dès ce niveau, dis-je, de ma construction, dès ce temps, si vous voulez aussi, eh bien, j'ai dirigé mon coup, si je puis dire, j'ai dirigé mon coup, c'est beaucoup dire, l'avoir tiré c'est déjà ça, (rires) hahaha, très drôle ! de façon telle qu'il ne me paraisse pas maintenant porter à faux, je veux dire dans un stade plus avancé de cette construction.
    Bien sûr quand j'ai dit la dernière fois, je me laissais aller comme ça, surtout quand [...] un peu faire semblant de respirer, j'ai dit la dernière fois que je m'admirais, j'espère que vous n'avez pas pris ça au pied de la lettre. Ce que j'admirais, c'était en effet plutôt le tracé que j'avais fait dans le temps où je commençais seulement à faire un certain sillon en fonction de repère(s) qui ne soi(en)t pas maintenant nettement à rejeter, qui ne me fasse(nt) pas honte.
    C'est là-dessus que j'ai terminé l'année dernière et c'est assez remarquable, voire même... on peut peut-être y prendre quelque chose d'une ébauche, comme ça, d'encouragement à continuer.
    Qu'il soit tout à fait frappant que tout ce qui y est pêchable si je puis dire de signifiant [...], c'est bien de ça qu'il s'agit, je suis allé à la pêche de ce séminaire sur la lettre volée dont je pense qu'après tout depuis un temps le fait que je l'ai mis en tête, comme ça, au défi de toute chronologie montrait peut-être que j'avais l'idée que c'était en somme la meilleure façon d'introduire à mes Ecrits. Alors la remarque que je fais sur ce fameux homme :

Who dares all things, those unbecoming as well as those becoming a man

il est bien certain que si j'insiste à ce moment-là pour dire que de ne pas le traduire littéralement

ce qui est indigne aussi bien que ce qui est digne d'un homme

montre que c'est dans son bloc que le côté indicible, honteux, ce qui ne se dit pas, quant à ce qui concerne un homme, enfin, est bien là pour dire le phallus, et que Baudelaire le ramollit comme ça en le fragmentant en deux : ce qui est indigne d'un homme aussi bien que ce qui est digne de lui.  

  Que ce sur quoi j'insiste aussi, que ce n'est pas la même chose de dire the robber's knowledge of the loser's knowledge of the robber, la connaissance qu'a le voleur de la connaissance qu'a le volé de son voleur, de cet élément de savoir qu'il sait, de savoir, savoir imposé d'un certain fantasme, que ce soit justement l'homme qui ose tout, c'est là, comme tout de suite le dit Dupin, la clef de la situation.

    Je dis ça et je ne vais pas continuer. Car à vrai dire, ce que je vous indiquais qui aurait pu, pour quelqu'un qui s'en serait donné la peine, permettre directement sur un texte comme ça d'avancer la plupart des articulations que je m'en vais me mettre à développer, à dérouler, à construire aujourd'hui, comme vous allez le voir si vous le voulez bien dans un second temps, après avoir entendu ce que j'aurais plus ou moins réussi à dire, se trouvait en somme déjà bel et bien écrit là, car c'est non seulement écrit là, avec toutes et les mêmes articulations nécessaires, celles par lesquelles je crois devoir vous promener.

    Donc tout ce qui est là, non seulement tamisé, mais lié, est bien près de ces signifiants disponibles pour une signification plus élaborée, celle en somme d'un enseignement que je peux dire sans précédent autre que Freud lui-même, et justement en tant qu'il définit la précédente de façon telle qu'il faut en lire la structure dans ses impossibilités.


    Peut-on dire qu'à proprement parler, par exemple, Freud formule cette impossibilité du rapport sexuel, non pas comme tel, je le fais simplement parce que c'est tout simple à dire, c'est écrit, en long et en large. C'est écrit dans ce que Freud écrit, il n'y a qu'à le lire. Seulement vous allez voir tout à l'heure pourquoi vous ne le lisez pas. J'essaie de dire, de dire pourquoi, moi, je le lis.
    La lettre, donc, purloined, cette lettre, non pas volée, mais comme je l'explique, je commence par là, qui va faire un détour, ou comme je le traduis, moi la lettre en souffrance, ça commence comme ça, et ça se termine, ce petit écrit, par ceci qu'elle arrive pourtant à destination.
    Et si vous le lisez, enfin, j'espère qu'il y en aura un tout petit peu plus qui le liront d'ici que je vous revois, ce qui ne sera pas avant une paye, parce que c'est ça qui est très bien calculé, les deuxième et troisième mercredi, je les ai choisis parce que pour le mois d'avril, ça tombe pendant les vacances de Pâques, alors vous ne me reverrez qu'en mai, ça vous laissera le temps de lire les 40 pages... de la lettre volée.

    A la fin je tiens à souligner ce qui en est l'essentiel, et pourquoi la traduction la lettre volée n'est pas la bonne : the purloined letter, ça veut dire que quand même elle arrive à destination, et la destination je la donne, je la donne comme la destination fondamentale de toute lettre, je veux dire l'épistole.
    Elle arrive, ne disons même pas à celui, ni à celle, la seule qui ne peut rien y comprendre, à la police en l'occasion, qui bien entendu est tout à fait incapable d'y comprendre quoi que ce soit comme je le souligne et je l'explique dans de nombreuses pages, n'est-ce pas. C'est même pour ça qu'elle n'était même pas capable de la trouver, c'est matériel, une lettre ! Tout cela est dit très joliment dans cette invention, cette forgerie de Poe, magnifique.
    La lettre est bien entendu hors de la portée de l'explication de l'espace, puisque c'est de ça qu'il s'agit. C'est ça que le préfet vient dire, le préfet de police vient dire d'abord, c'est que tout ce qui est chez le ministre, étant donné qu'on est sûr que la lettre y est, qu'elle est là, il faut qu'il l'ait toujours à la portée de la main, on dit pourquoi, que l'espace a été littéralement quadrillé.

    C'est amusant de me livrer là, comme ça, comme à chaque fois que je me laisse tout de même de temps en temps un peu aller dans les pentes, à quelques considérations sur l'espace, ce fameux espace, qui est bien le... pour notre logique, depuis un bon moment, depuis Descartes, la chose la plus encombrante du monde.
    Il y a tout de même l'occasion, comme ça, d'en parler, si tant est qu'il faille l'ajouter comme une sorte de note en marge, c'est ce que j'isole comme la dimension de l'imaginaire. Il y a quand même des gens qui se tracassent, pas forcément sur cet écrit-là, sur d'autres ou même aussi quelquefois qui ont gardé des notes sur ce que j'ai pu dire dans un temps, par exemple, sur l'identification.
   C'était une année, je crois que c'est en 61-62, je peux dire que tous mes auditeurs pensaient à autre chose, sauf un ou deux qui venaient alors tout à fait du dehors, qui ne savaient pas ce qui se passait exactement. J'y ai parlé du trait unaire. Alors on se tracasse maintenant, non sans que ce soit légitime, pour savoir, ce trait unaire, où est-ce qu'il faut le mettre. Du côté du symbolique ou de l'imaginaire ? Et pourquoi pas du Réel ?
   Quoi qu'il en soit, tel que, c'est comme ça que ça se marque : un bâton, "ein einzige(r) Zug", car c'est bien sûr dans Freud que j'ai été le pêcher. Il pose quelques questions comme je vous l'ai déjà un peu introduit la dernière fois par cette remarque qu'il est peut-être tout à fait impossible de penser à quoi que ce soit qui tienne debout sur cette bipartition enfin si difficile, si problématique, sauf pour les mathématiciens, qui est à savoir : est-ce que tout peut être réductible à la logique pure ? C'est-à-dire à un discours qui se soutient d'une structure bien déterminée. Est-ce qu'il n'y a pas un élément absolument essentiel qui reste quoi que nous fassions pour l'enserrer de cette structure, le réduire, qui tout de même reste comme un dernier noyau et qu'on appelle intuition.
    Assurément c'est la question dont Descartes est parti, je veux dire que ce qu'il a fait remarquer, c'est que le raisonnement mathématique, à son gré, ne tirait rien d'efficace, de créateur de quoi que ce fût qui fut de l'ordre du raisonnement, mais seulement son départ à savoir une intuition originale, et qui est celle qu'il pose, institue de sa distinction originelle de l'étendue et de la pensée.

  Bien sûr cette opposition cartésienne, d'être faite plus par un penseur que par un mathématicien, non pas certes incapable de produire en mathématiques comme les effets s'en sont prouvés, a été bien sûr bien plus enrichie par les mathématiciens eux-mêmes. C'est bien la première fois que quelque chose venait aux mathématiques par la voie de la philosophie. Car je vous prierai de remarquer cette chose qui me semble à moi très certaine, à vous l'introduire si je le peux, il est très facile de trouver là-dessus des compétences
[... plus avant ? ] : il est tout de même très frappant que les mathématiciens de l'antiquité aient eux poursuivi leur marche sans avoir le moindre égard à tout ce qui pouvait se passer dans les écoles de sagesse, dans les écoles quelles qu'elles fussent de philosophie.
    Il n'en est pas de même de nos jours où assurément l'impulsion cartésienne concernant la distinction de l'intuitionné et du raisonné est une chose qui a fortement travaillé la mathématique elle-même.

    C'est bien en cela que quelque part il s'agit de trouver, enfin, une veine, un effet de quelque chose qui a un certain rapport avec ce qu'ici, dans le champ dont il s'agit, je tente, c'est qu'il me semble que la remarque que je peux faire, du point où je suis, sur les rapports entre la parole et l'écrit, sur ce qu'il y a, au moins dans ses premières arrêtes, ce qu'il y a de spécial dans la fonction de l'écrit au regard de tout discours, est de nature peut-être à faire ce que les mathématiciens s'aperçoivent de ce que par exemple j'ai indiqué la dernière fois, que l'intuition même de l'espace euclidien doit quelque chose à l'écrit.
    D'autre part, si comme je vais essayer de vous le pousser un peu plus loin, ce qu'on appelle en mathématiques recherche logique, réduction logique de l'opération mathématicienne, est quelque chose qui en tout cas ne va pas..., ne saurait avoir d'autre support, il suffit pour le constater de suivre l'histoire, que la manipulation de petites ou de grandes lettres, de lots alphabétiques divers, je veux dire lettres grecques ou lettres germaniques, plusieurs lots alphabétiques, toute manipulation qui avance la réduction logistique d'un raisonnement mathématique nécessite ce support.
    Je vous le répète : je ne vois pas la différence essentielle avec ce qui a fait longtemps, pendant toute une époque, XVII et XVIII ème siècles, la difficulté à la pensée mathématicienne, à savoir la nécessité du tracé pour la démonstration euclidienne : qu'au moins un de ces triangles soit là tracé. A partir de quoi chacun s'affole : ce triangle qui aura été tracé, est-ce le triangle général ou un triangle particulier ? Car il est bien clair qu'il est toujours particulier. Et ce que vous démontrez sur le triangle en général, à savoir toujours la même histoire, l'histoire des trois angles qui font deux droits, il est clair qu'il ne faut pas que vous disiez que ce triangle n'a pas le droit d'être aussi bien rectangle, isocèle à la fois, ou équilatéral. Il est donc toujours particulier, ça a énormément tracassé les mathématiciens.
    Pourquoi bien sûr, pourquoi vous le rappeler, on n'est pas là pour faire de l'érudition, à travers quel et quel ça coule, depuis Descartes, Leibniz et d'autres, ça va jusqu'à Husserl, ils me semblent n'avoir jamais vu cette évidence même que l'écriture est là des deux côtés bel et bien homogénéisant l'intuitionné et le raisonné, que l'écriture, en d'autres termes, des petites lettres, n'a pas de fonction moins intuitive que ce que traçait le premier [...]2.
    Il s'agirait quand même de savoir pourquoi on pense que ça fait une différence.
   Je ne sais pas si je dois vous faire remarquer que la consistance de l'espace euclidien, l'espace qui se ferme sur ses trois dimensions, semble pouvoir être définie d'une bien autre façon, si vous prenez deux points, ils sont à égale distance l'un de l'autre, la distance est la même du premier au second et du second au premier, vous pouvez en prendre trois et faire que ce soit encore vrai, à savoir que chacun est à égale distance de chacun des deux autres.
   Vous pouvez en prendre quatre et faire que ce soit encore vrai. Je ne sais pas si vous avez entendu pointer ça expressément, vous pouvez en prendre cinq, ne vous précipitez pas pour dire que là aussi vous pouvez les mettre à égale distance de chacun des quatre autres, parce que, enfin tout au moins dans notre espace euclidien, vous n'y arriverez pas. Il faut pour que vous ayez ces cinq points à égale distance, vous m'entendez bien, de chacun de tous les autres, que vous fabriquiez une cinquième, quatrième dimension.
    Voilà. Bien sûr, c'est très aisé, à la lettre, et puis ça tient très bien, or on a démontré qu'un espace à quatre dimensions est parfaitement cohérent dans toute la mesure où il peut montrer le lien de sa cohérence à la cohérence des nombres réels. C'est dans cette mesure même qu'il se soutient. Enfin, c'est un fait que, au-delà du tétraèdre, déjà l'intuition a à se supporter de la lettre.
   Je me suis lancé là-dedans, je dois vous le dire, parce que j'ai dit que la lettre qui arrive à destination, c'est la lettre qui arrive à la police, qui n'y comprend rien, et que la police comme vous le savez, elle n'est pas née d'hier, n'est-ce pas, trois piques comme ça sur le sol, et trois piques sur le campus, pour peu que vous connaissiez un petit peu ce qu'a écrit Hegel, vous saurez que c'est l'Etat, et que l'Etat et la Police, ... quelqu'un qui... y a un tout petit peu réfléchi, ... on ne peut pas dire que Hegel là-dessus enfin soit le plus mal placé..., c'est exactement la même chose, n'est-ce pas, ça repose sur une structure tétraédrique et qu'en d'autres termes, dès que nous mettons en question quelque chose comme la lettre, il faut que nous sortions de mes petits schémas de l'année dernière qui étaient faits comme vous vous en souvenez comme ça.

 

semblant 6a tétraèdre discours du maître

    Voilà le discours du Maître, comme vous vous en souvenez peut-être, caractérisé par ceci que des six arêtes du tétraèdre, une est rompue. C'est dans la mesure où on fait tourner cette structure par une des quatre arêtes du circuit qui dans le tétraèdre se suivent, c'est une condition, s'emmanchent dans le même sens, c'est en ce sens que si on en rompt une de n'importe laquelle des trois autres, que la variation s'établit de ce qu'il en est de la structure du discours, très précisément en tant qu'elle reste à un certain niveau de construction qui est celui tétraédrique dont on ne saurait se contenter, dès lors qu'on fait surgir l'instance de la lettre. C'est même parce qu'on ne saurait s'en contenter qu'à rester à son niveau, il y a toujours un de ces côtés qui fait cercle, qui se rompt. Alors c'est de là qu'il résulte que dans un monde tel qu'il est structuré par un certain tétraèdre qu'on retrouve à plus d'un bout de champ, une lettre n'arrive à destination qu'à trouver celui que, dans mon discours sur la lettre volée, je désigne du terme du sujet, qui n'est pas du tout à éliminer d'aucune façon, ni à retirer sous prétexte que nous faisons quelques pas dans la structure, mais dont il faut tout de même bien partir de ceci : c'est que, si ce que nous avons découvert sous le terme d'inconscient a un sens, le sujet, je vous le répète, irréductible, nous ne pouvons pas même à ce niveau ne pas en tenir compte. Et le sujet se distingue de sa toute spéciale imbécillité.
    C'est ce qui le gonfle dans le texte de Poe, du fait que celui sur lequel je badine à cette occasion, c'est pas pour rien que c'est le roi qui ici se manifeste en fonction de sujet .
    Il n'y comprend absolument rien, et toute sa structure policière ne fera pas néanmoins que la lettre n'arrive même pas à sa portée, étant donné que c'est la police qui la garde et qu'elle ne peut rien en faire.
    Je souligne même que, dût-on la retrouver dans ses dossiers, ça ne peut pas servir à l'historien. Dans telle et telle page de ce que j'écris à propos de cette lettre, je dis qu'il n'y a très probablement que la reine qui sait ce qu'elle veut dire, et que tout ce qui fait son poids, c'est que si la seule personne que ça intéresse, à savoir le sujet, le roi, l'avait en main, il n'y comprendrait que ceci : c'est qu'elle a sûrement un sens et que c'est en ça qu'est le scandale que c'est un sens qui, à lui, le sujet, lui échappe.

    D'ailleurs le scandale, encore une contradiction, c'est à la bonne place là dans ces quatre petites dernières pages que je vous avais données à lire, je souligne.

    Il est clair que c'est uniquement en fonction de cette circulation de la lettre que le ministre, puisque quand même, [... ?] devait savoir qu'il y a un ministre dans le coup, celui qui a barboté la lettre, ce que le ministre nous montre, au cours du déplacement de ladite lettre, c'est que les variations telles que le poisson mourant, ces variations de sa couleur et à la vérité sa fonction essentielle, c'est que tout mon texte joue, peut-être [...], joue sur le fait que la lettre a un effet féminisant. Mais dès qu'il ne l'a plus la lettre, il redevient lui-même, dès qu'il ne l'a plus, le voici en quelque sorte restitué à la dimension justement que tout ça était fait pour se donner à lui-même : celle de l'homme qui ose n'importe quoi.
    Et j'insiste sur ce mirage de ce qui se passe, et c'est sur quoi je termine cet énoncé poesque, c'est que c'est à ce moment-là que la chose apparaît : monstrum horrendum comme on dit dans le texte, ce qu'il avait voulu être pour la reine qui bien sûr en a tenu compte, puisqu'elle a essayé de la ravoir, cette lettre, mais enfin avec qui le jeu se tenait.
    C'est pour notre Dupin, à savoir le malin des malins, celui auquel Poe donne le rôle, le rôle de nous jeter quelque chose que j'appellerais assez volontiers le [... ?], en fait quelque poudre aux yeux, à savoir que nous croyons que le malin des malins ça existe, à savoir que lui vraiment comprend, sait tout, en étant dans le tétraèdre, il peut comprendre comment il est fait.
    J'ai assez ironisé sur ces choses certainement très habiles que sont le jeu de mots autour d'ambitus, de religio, ou d'honesti homines, tout le monde sait tout simplement que quant à moi, je cherchais un peu plus loin la petite bête, n'est-ce pas, et qu'à la vérité, elle est quelque part.
    Elle est quelque part, à suivre Poe, on peut se poser la question de savoir si Poe s'en est bien aperçu, c'est à savoir que de ce seul fait d'être passée entre les mains du nommé Dupin, la lettre l'a féminisé à son tour, assez pour qu'à l'endroit du ministre qu'il sait pourtant avoir privé de ce qui pourrait lui permettre de continuer à jouer son rôle si jamais il faut en abattre les cartes.
    C'est précisément à ce moment-là que Dupin ne peut pas se contenir et qu'il manifeste à l'endroit de celui dont il pourrait croire déjà suffisamment l'avoir mis à la merci de quiconque : pour ne pas laisser plus de traces, il lui envoie ce message dans le billet qu'il a substitué à la lettre qu'il vient de dérober :
Un dessein si funeste, vous savez le texte, s'il n'est digne d'Atrée, est digne de Thyeste.
    La question, si je puis dire, est de s'apercevoir si Poe dans l'occasion s'aperçoit bien de la portée de ceci : de ce que Dupin dans ce message au-delà de toutes les possibilités, car qui sait si jamais cela arrivera que le ministre la sorte, sa lettre, et se trouve du même coup dégonflé, pour tout dire, que la castration soit là, comme elle est suspendue parfaitement réalisée.
    J'indique aussi cette perspective, qui ne me parait pas... pas écrite d'avance, cela ne donne que plus de prix à ce que Dupin écrit comme message à celui qu’il vient de priver de ce qu'il croit être son pouvoir. Ce petit billet dont il jubile à la pensée de ce qui se passera quand l'intéressé, à quelle fin, aura à en faire usage, ce que l'on peut dire, c'est que Dupin jouit.
    Or c'est là qu'est la question, la question que j'ai amorcée la dernière fois en vous disant que c'était la même chose, le narrateur et celui qui écrit. Parce qu'il est incontestable que le narrateur, le sujet de l'énoncé, celui qui parle, c'est Poe. Est-ce que Poe jouit de la jouissance de Dupin, ou d'ailleurs ? C'est là, puisqu'aujourd'hui vous m'y avez forcé, je vous parle de la lettre volée que j'ai racontée moi-même..., c'est là une illustration que je peux donner à la question que j'ai posée la dernière fois : est-ce que ce n'est pas radicalement différent celui qui écrit, et celui qui parle en son nom, au titre du narrateur dans un écrit ? A ce niveau, c'est sensible : car ce qui se passe au niveau du narrateur, c'est en fin de compte ce que je pourrais appeler, [... j'ai insisté comme caractère très démonstratif de ...]3 c'est à la fin du conte, c'est la plus parfaite castration qui est démontrée : tout le monde est également cocu et personne n'en sait rien.
    C'est ça la merveille : le roi bien sûr dort depuis le début et dormira jusqu'à la fin de ses jours sur ses deux oreilles, la reine ne se rend pas compte qu'il est à peu près fatal qu'elle devienne folle de ce ministre, maintenant qu'elle le tient ! Elle l'a châtré, hein ! C'est un amour. Le ministre, ça, c'est bien vrai, pour être fait, il est fait, mais en fin de compte cela ne lui fait ni chaud, ni froid, puisque, comme je l'ai très bien expliqué, de deux choses l'une : ou cela lui plaît de devenir l'amant de la reine, cela n'a rien de désagréable, en principe, on dit cela, mais cela ne plaît pas à tout le monde, ou si vraiment, enfin, il a pour elle, par exemple, un de ces sentiments qui sont ce que j'appelle, moi, le seul sentiment lucide, à savoir la haine, comme j'ai très bien expliqué, s'il la hait, elle l'en aimera d'autant plus, et cela lui permettra d'aller si loin qu'il finira quand même par se douter que cette lettre, elle n'est plus là depuis longtemps.
    Parce qu'il se trompera naturellement. Il se dira que si on va si loin avec lui, c'est parce que l'on est sûr qu'il a la lettre. Alors il ouvrira son petit papelard à temps. En aucun cas, il n'en viendra à ce qui est la chose souhaitée : c'est que, le ministre à se ridiculiser, il ne sera pas... bon.
    Et bien, voilà ce que j'ai réussi à dire à propos de ce que j'ai écrit. Et ce que je voudrais vous dire, c'est que ça prend sa portée de ce que c'est illisible.

    C'est là le point, il y a encore grand temps, que je vais essayer de développer. Comme beaucoup de gens me l'ont dit tout de suite, [...?] : "On n'y comprend rien !"
   Remarquez que c'est beaucoup : quelque chose auquel on ne comprend rien, c'est tout l'espoir, c'est le signe qu'on en est affecté, heureusement qu'on n'a rien compris, parce que l'on ne peut jamais comprendre que ce que bien sûr on a déjà dans la tête. Mais enfin il faudrait essayer d'articuler ça un peu mieux. Il ne suffit pas d'écrire des choses exprès incompréhensibles, mais de savoir pourquoi l'illisible a un sens.

    Je vous ferai remarquer d'abord que, pour votre affaire, cette histoire de rapport sexuel, ça tourne autour de ceci que vous pourriez croire que c'est écrit puisqu'en somme c'est ce que l'on a trouvé dans la psychanalyse, en somme, puisqu'on s'est référé à un écrit : l'Oedipe, c'est un mythe écrit et je dirai même plus, c'est très exactement la seule chose qui le spécifie, on aurait pu prendre exactement n'importe lequel, pourvu qu'il soit écrit.
    Le propre d'un mythe qui est écrit, comme l'a très bien fait remarquer Claude Levi-Strauss, c'est que de l'écrire il n'y en a qu'une seule forme, alors que le propre du mythe, comme c'est toute l'oeuvre de Levi-Strauss de le démontrer, c'est d'en avoir une très, très grande quantité, c'est cela qui le constitue comme mythe et non pas le mythe écrit. Alors ce mythe écrit pourrait très bien passer pour être en somme l'inscription de ce qu'il en est du rapport sexuel.

    Je voudrais tout de même vous faire remarquer certaines choses, voilà : c'est que, c'est pas indifférent que je sois parti de ce texte..., c'est que si cette lettre, cette lettre en l'occasion, peut avoir cette fonction féminisante, c'est que par rapport à ce que je vous ai dit de ce que le mythe écrit d'Oedipe est fait très exactement pour vous pointer que c'est impensable de dire "la femme".
    C'est impensable, pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas dire "toutes les femmes".
   On ne peut pas dire toutes les femmes parce que ce n'est introduit dans ce mythe qu'au nom de ceci que le père possède toutes les femmes, ce qui est manifestement le signe d'une impossibilité.
    D'autre part ce que je souligne à propos de cette lettre volée, c'est qu'il n'y a qu'une femme, qu'en d'autres termes la fonction de la femme ne se déploie que dans ce que demande le mathématicien [...]4 dans le contexte de ce que je vous ai énoncé, avancé tout à l'heure sur la discussion mathématique, qui s'appelle la multiplicité, à savoir ce qui a une fonction, c'est très à proprement parler celle que le père est là, le père est là pour s'y faire reconnaître dans sa fonction radicale, dans celle qu'il a toujours manifestée chaque fois qu'il s'est agi du monothéisme, par exemple ce n'est pas pour rien que Freud vient échouer là.
    C'est qu'il y a une fonction tout à fait essentielle qu'il convient de préserver comme étant à l'origine à très proprement parler de l'écrit : c'est ce que j'appellerai le papludun.
    Aristote bien sûr fait des efforts tout à fait ravissants et considérables, comme il en fait d'habitude, pour nous rendre ça accessible, par échelons, qu'au nom de son principe on peut  qualifier déjà de principe de l'absolu : remonter l'échelle, de cause en cause, d'être en être, il faudra bien que vous vous arrêtiez quelque part.
    Enfin, c'est ce qu'il y a de très gentil chez ces philosophes grecs, c'est qu'ils parlaient vraiment pour des imbéciles. D'où le développement de la fonction du sujet. C'est d'une façon tout à fait originelle que le papludun se pose. Sans papludun, vous ne pouvez même pas commencer à écrire la série des nombres entiers. Je vous montrerai ça au tableau la prochaine fois : pour qu'il y ait un Un, il suffit que vous n'ayez plus ensuite qu'à la crever la bouche en rond chaque fois que vous voulez recommencer, pour que, à chaque fois, ça fasse un de plus mais pas le même. Par contre tous ceux qui se répètent ainsi sont les mêmes, ils peuvent s'additionner. On appelle cela la série arithmétique.

    Mais revenons à ce qui nous paraît essentiel à souligner concernant la jouissance sexuelle.
   C'est qu'il n'y a expérience faite d'une structure et quels qu'en doivent être les conditionnements particuliers, c'est que la jouissance sexuelle se trouve ne pas pouvoir être écrite et que c'est de cela que résulte la multiplicité structurale, et d'abord tétrade dans laquelle quelque chose se dessine qui la situe, mais, inséparable d'un certain nombre de fonctions qui n'ont en somme rien à faire avec ce qui peut spécifier dans le général le partenaire sexuel.
    La structure est telle que l'homme, comme tel, en tant qu'il fonctionne est châtré. Et d'autre part quelque chose existe qui est du niveau du partenaire féminin et qu'on pourrait simplement tracer comme ce trait sur lequel je pointe toute la portée, toute la fonction de cette lettre en l'occasion : que la femme n'a rien à faire, si elle existe, mais justement c'est pour ça qu'elle n'existe pas, c'est qu'en tant que "la femme", elle n'a rien à faire avec la loi.

    Alors comment concevoir ce qui s'est passé ? On fait quand même l'amour, on fait quand même l'amour et on s'aperçoit, à partir du moment où on s'y intéresse, on y met le temps, et à la vérité on s'y est peut-être toujours intéressé, seulement nous avons perdu la clef de la façon dont on s'y est intéressé précédemment, mais pour nous, au coeur, dans l'efflorescence de l'ère scientifique, nous nous apercevons ce qu'il en est par Freud. C'est quoi ?
    Quand il s'agit de structurer, de faire fonctionner au moyen de symboles, le rapport sexuel, qu'est-ce qui y fait obstacle ? C'est que la jouissance s'en mêle.
    La jouissance sexuelle est-elle traitable directement ? Elle ne l'est pas, et c'est en cela, disons qu'il y a plus, qu'il y a la parole.
    Le discours commence de ce qu'il y ait, là, béance. Je ne peux pas en rester là, je veux dire que je me refuse à toute position d'origine, et qu'après tout, rien ne nous empêche de dire que c'est parce que le discours commence que la béance se produit. C'est tout à fait indifférent pour le résultat. Ce qu'il y a de certain, c'est que le discours est impliqué dans la béance et que comme il n'y a pas de métalangage, il ne saurait en sortir.
    La symbolisation de la jouissance sexuelle, ce qui rend évident ce que je suis en train d'articuler, c'est qu'elle emprunte tout son symbolisme à quoi ? A ce qui ne la concerne pas, à savoir à la jouissance en tant qu'elle est interdite par une certaine chose confuse, confuse mais pas tellement que ça, car nous sommes arrivés à l'articuler parfaitement sous le nom du principe de plaisir, ce qui ne peut avoir qu'un sens : pas trop de jouissance. Parce que l'étoffe de toute jouissance confine à la souffrance. C'est même à cela que nous reconnaissons la vie. Si une plante ne souffrait pas manifestement, nous ne saurions pas qu'elle est vivante.

    Il est donc clair que le fait que la jouissance sexuelle n'ait trouvé pour se structurer que la référence à l'interdit en tant que nommé de la jouissance, mais d'une jouissance qui n'est pas telle, qui est cette dimension de la jouissance, à proprement parler la jouissance mortelle.
    En d'autres termes que sa structure, la jouissance sexuelle, la prive de l'interdit porté sur la jouissance dirigée sur le corps propre, c'est-à-dire très précisément ce point d'arête et de frontière où elle confine à la jouissance mortelle et elle rejoint la dimension du sexuel qu'à porter l'interdit sur le corps dont le corps propre sort, à savoir sur le corps de la mère. Ce n'est que par là que se structure, qu'est rejoint dans le discours ce que peut y apporter la loi, ce qu'il en est de la jouissance sexuelle. La partenaire en l'occasion est bien en effet réduite à une, une et pas n'importe laquelle : celle qui t'a pondu.

    C'est autour de ça que se construit tout ce qui peut s'articuler : nous entrons dans ce champ d'une façon qui soit verbalisable. Quand nous avancerons plus loin, je reviendrai sur la façon dont le savoir a fonctionné comme un jouir. Nous pouvons ici passer.

   La femme comme telle se trouve dans cette position : uniquement rassemblée de ceci qu'elle est, je dirais, sujette à la parole. Bien sûr, je vous épargne les détours. Que la parole soit ce qui instaure une dimension de vérité, l'impossibilité de ce rapport sexuel, c'est bien aussi ce qui fait la portée de la parole en ceci bien sûr qu'elle peut tout, sauf servir au point où elle est occasionnée. La parole s'efforce de réduire la femme à la sujétion, c'est-à-dire d'en faire quelque chose dont on attend des signes d'intelligence.
    Mais, bien sûr, ce n'est là d'aucun être réel, qu'il s'agit. Il faut dire le mot "la femme", en l'occasion comme ce texte est fait pour le démontrer, la femme, je veux dire l'en-soi de la femme, la femme comme si l'on pouvait dire "toutes les femmes", "la femme", j'insiste qui n'existe pas, c'est justement la lettre, la lettre en tant qu'elle est le signifiant qu'il n'y a pas d'Autre.

    Et c'est là-dessus que je voudrais, avant de vous quitter, quand même vous énoncer une remarque qui dessine la configuration logique de ce que je suis en train d'avancer. Dans la logique aristotélicienne, vous avez des affirmatives, je ne les mets pas avec les lettres qui sont ici l'usage habituel dans la logique formelle, je ne mets pas A, j'écris ça Universelle Affirmative ... et j'écris ça Universelle Négative.
    C'est ce que ça veut dire.
    Le micro manque, et bien allez le chercher... (mais on ne peut pas le transporter !)
    J'écris ici particulière affirmative et particulière négative

carré logique

    Je fais remarquer qu'au niveau de l'articulation aristotélicienne, c'est entre ces deux pôles, puisque c'est à Aristote que ces catégories propositionnelles sont empruntées, c'est entre ces deux pôles que se fait la discrimination logique.
    L'Universelle affirmative énonce une essence, j'ai assez souvent insisté dans le passé sur ce qu'il en est de l'énoncé Tout trait est vertical et qu'il est parfaitement compatible avec ceci qu'Il n'existe aucun trait.
    L'essence se situe essentiellement dans la logique, elle est pur énoncé de discours.
   La discrimination logique, son axe essentiel dans cette articulation est très exactement cet axe oblique (axe UA-PN) que je viens de noter, rien ne va contre un énoncé logique quelconque identifiable, si ce n'est la remarque que il y en a qui pas, Particulière Négative, il y en a des traits qui ne sont pas verticaux.
    C'est la seule contradiction qui puisse se faire contre l'affirmation que c'est un fait d'essence.
   Et les deux autres termes sont, dans le fonctionnement de la logique aristotélicienne, tout à fait secondaires, à savoir Il y en a qui..., affirmative particulière, et après ?

 

Fin bande sonore


Ce qui suit est une ancienne transcription inédite.

 
    Il y en a qui...,  comment savoir si c'est nécessaire ou pas, ça ne prouve rien.
    Et dire Il y en a qui pas ... euh je cherche... oui, c'est ça, j'y suis
    C'est-à-dire l'Universelle Négative, Il n'y en a pas qui ..., et bien cela ne prouve rien non plus, c'est un fait.

    Ce que je veux vous faire remarquer, c'est ce qui se passe quand, de cette logique aristotélicienne, nous passons à leur transposition dans la logique mathématique, celle qui s'est faite par la voie de ce que l'on appelle les quantificateurs. Ne m'engueulez pas parce que vous n'allez plus m'entendre : je vais d'abord écrire.

    Justement, c'est de cela qu'il s'agit : l'Universelle Affirmative va maintenant s'écrire de cette notation inverbalisable puisque c'est un A renversé.
    J'écris A renversé, enfin c'est pas du discours, c'est de l'écrit.
    Mais c'est un signal, comme vous allez le voir pour jaspiner :
        -  "x. F(x)
             -   ici particulière,   $x. F(x)
          - là,  je veux exprimer que c'est une négative, comment le puis-je ? 

 

    Je suis frappé de ceci que ça n'a jamais été vraiment articulé comme je vais le faire.
    C'est qu'il faut que vous mettiez la barre de la négation au-dessus du F(x) et non pas du tout, comme il se fait habituellement au-dessus des deux. Vous allez voir pourquoi.

    Et ici ?
    C'est sur $ x que vous devez mettre la barre, 
    Je mets ici maintenant moi-même une barre équivalente à celle qui était ici.
    Comme celle qui était ici séparait en deux zones le groupe des quatre, ici c'est d'une façon différente qu'elle répartit par deux.

    Ce que j'avance, c'est que dans cette façon d'écrire, tout tient à ce qu'on peut le dire à propos de l'écrit et que la distinction en deux termes unis par un point, c'est ce qui est ainsi écrit, a cette valeur qu'on peut dire de tout x, c'est le signal de ", qu'il satisfait à ce qui est écrit : F(x), qu'il n'y est pas déplacé.

    De même, mais avec un accent différent, c'est qu'il y ait de l'inscriptible, à savoir que c'est ici que porte l'accent de l'écrit : il existe des x que vous pouvez faire fonctionner dans le F(x) dont alors vous parlez, qu'il s'agit dans ce qu'on appelle ici la transposition quantificatrice ou au moyen des quantificateurs de la particulière.

   Par contre, il est vrai que c'est autour de l'Ecrit que pivote le déplacement de la répartition, c'est à savoir que pour ce qui est mis au premier plan, recevable, rien n'’a changé pour l'Universelle A : elle est toujours de prix [...]5.
    Par contre ce dont il s'agit ici consiste à s’apercevoir de la non valeur de l'Universelle Négative, puisque là ce qui tique, c'est que de quelque x que vous parliez, il ne faut pas écrire F (x) et que de même pour la Particulière Négative, il y a ceci, c’est que de même qu'ici le  il n'existe pas de x pouvait s'écrire, était recevable, inscriptible dans cette formule, ici simplement ce qui est dit, c'est qu'il n'est pas inscriptible.

    Qu'est-ce à dire ? C'est que ce qui de ces deux structurations est resté négligé, sans valeur, à savoir l'Universelle Négative, l'Universelle Négative en tant qu'elle est celle qui permet de dire "il ne faut pas écrire ceci, si vous parlez d'un x quelconque", en d'autres termes que c'est ici que fonctionne une coupure essentielle, et bien c'est cela même autour de quoi s'articule ce qu'il en est du rapport sexuel.
    La question est que ce qui ne peut pas s'écrire dans la fonction F(x) est elle-même à ne pas écrire, c'est-à-dire, qu'elle est ce que j'ai dit tout à l'heure énoncée, ce qui est le point autour duquel va tourner ce que nous reprendrons quand je vous reverrai dans deux mois à savoir qu'elle est à proprement parler ce qui s'appelle illisible.
 

 

 


 



1. "l'ordre de la taquinerie"
2. inaudible
3. peu clair, "j'ai  insisté comme caractère très démonstratif de ..."
4. nom inaudible
5. passage peu clair, l'ancienne version propose : "elle est toujours de prix, encore que ce ne soit pas même prix"
6. ndr : à lire et écrire au fur et à mesure qu'il l'énonce et le fabrique, avec le carré logique (Aristote), le trait vertical (Peirce) et les quanteurs (Peano)...
 

UA                                                          UN
tout trait est vertical               il n'existe aucun trait vertical
"x F(x)                             Il n'y en a pas qui ... 
PA semblant 4o  cadran PeircePN
Il y en a qui...                                il y en a qui pas...
$ x  F(x)                       il y en a des traits qui ne sont pas verticaux