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D'un discours
qui ne serait pas du semblant
(8)
 
 
 

Séminaire oral du 19 mai 1971

 Jacques Lacan

ceci n'est pas une pipe

En rapport avec les documents sonores disponibles en archives au groupe Lutecium, les extraits que nous proposons sur cette page sont une transcription écrite de la séance qui a été relue à l'aide de la bande son. (juin 2001)

Transcription de la version parlée

    Si je commence par l'abrupt en somme de ce que j'ai à vous dire qui pourrait s'exprimer ainsi, c'est que dans ce que nous explorons à partir d'un certain discours, dans l'occasion le mien, le mien en tant que c'est celui de l'analyste, disons que cela détermine des fonctions, en d'autres termes que les fonctions ne sont déterminées qu'à partir d'un certain discours.
    Alors, à ce niveau enfin des fonctions déterminées par un certain discours, on peut établir l'équivalence : l'écrit, c'est la jouissance.
    Naturellement, ça n'est casable qu'à l'intérieur de cette première articulation des fonctions déterminées par un discours. Disons que cela tient exactement la même place à l'intérieur de ces fonctions. Ceci étant énoncé comme ça tout abrupt, pourquoi ? Pour que vous le mettiez à l'épreuve, vous verrez que ça vous mènera toujours quelque part et même de préférence à quelque chose d'exact.
    Ceci ne me dispense pas du soin de vous y introduire par des voies qui conviennent, à savoir celles, non pas qui le justifient pour moi, étant donné d'où je vous parle, mais celles par lesquelles cela peut s'expliquer.
    Je suppose, je ne suppose pas forcément, que je m'adresse ici toujours à des analystes. Au reste c'est bien ce qui fait que mon discours n'est pas facilement suivi. C'est très précisément en tant qu'il y a quelque chose qui, au niveau du discours de l'analyste, fait obstacle à un certain type d'inscription, cette inscription pourtant, c'est ce que je lègue, c’est ce que je propose, c'est ce que j'espère qui passera d'un point d'où, si l'on peut dire, le discours analytique prenne un nouvel élan.

    Alors il s'agit donc de rendre sensible comment la transmission d'une lettre a un rapport avec quelque chose d'essentiel, de fondamental, dans l'organisation du discours quel qu'il soit, à savoir la jouissance.
    Pour ça, bien sûr, il faut qu'à chaque fois je vous mette au ton de la chose.
    Comment le faire, si ce n'est à rappeler l'exemple de base dont je suis parti, c'est à savoir que c'est très expressément d'étudier la lettre comme telle, en tant que quoi ? En tant que, je l'ai dit, elle a un effet féminisant, que j'ouvre mes Ecrits.
    Cette lettre en somme, je l'ai souligné encore la dernière fois, elle fonctionne très spécifiquement en ceci que personne ne sait rien de son contenu et que, jusqu'à la fin du conte, personne n'en saura rien. Elle est très exemplaire. Elle est très exemplaire en ceci que naturellement il n'y a qu'au benêt, et encore je pense que même au benêt l'idée ne lui est pas venue que cette lettre est quelque chose d’aussi sommaire, d'aussi grossier que quelque chose qui porterait le témoignage de ce que l'on appelle communément un rapport sexuel, encore que ce soit écrit par un homme, et comme on dit, c'est souligné, par un Grand, par un Grand et à une Reine.
    Il est évident que ce n'est pas ça qui ferait un drame de cette lettre, qu'il est de la tenue d'une cour, si je puis dire, c'est-à-dire de... quelque chose de fondé, c'est la meilleure définition qu'on en puisse donner, sur la distribution de la jouissance, il est de la tenue d'une cour, que dans cette distribution, elle mette ce que l'on appelle à proprement parler le rapport sexuel à son rang, c'est-à-dire très évidemment le plus bas.
    Personne n'y relève comme notables les services qu'une grande dame peut à ce titre recevoir d'un laquais. Avec la reine, bien sûr, et justement parce que c'est la Reine, les choses doivent prendre un autre accent.
    Mais d'abord donc, il est posé, ce qui est d'expérience, n’est-ce pas, qu'un homme né est celui qui, si je puis dire de race, ne saurait prendre ombrage d'une liaison de son épouse qu'à la mesure de sa décence, c'est-à-dire des formes respectées. La seule chose qui pourrait y faire objection est, bien sûr, l'introduction d'un bâtard dans la lignée, mais même ça, après tout, ça peut servir au rajeunissement d'un sang. Où se voit évidemment ici dans un cadre qui, pour ne pas vous être spécialement présentifié dans la société actuelle, n'en est pas moins exemplaire et fondamental pour ce qui est de raisonner des rapports sociaux, à quoi se voit, dis-je en somme qu'il n'y a rien de tel qu'un ordre fondé sur l'artifice pour faire apparaître cet élément qui, lui, en apparence est justement celui qui doit paraître irréductible dans le réel, à savoir la fonction du besoin.
    Si je vous ai dit qu'il y a un ordre dans lequel il est tout à fait mis à sa place qu’un sujet, si haut placé qu'il soit, se réserve cette part de jouissance irréductible, la part minimale à ne pas pouvoir être sublimée, comme s'exprime Freud expressément, seul un ordre fondé sur l'artefact, j’'ai spécifié de la cour, la cour pour autant qu'’elle redouble l’'artefact déjà de la noblesse, de ce second artefact d'une distribution ordonnée de la jouissance, c'est seulement là que peut décemment trouver sa place le besoin, le besoin expressément spécifié comme tel est le besoin sexuel.
    Seulement, ce qui paraît d'un côté spécifier le naturel, être ce qui, je dirais, du point de vue d'une théorisation en somme biologique du rapport sexuel, pourrait faire partir d'un besoin ce qui doit en résulter, à savoir la reproduction, nous constatons que si l'artefact est satisfaisant à une certaine théorisation primaire d'un côté, de l'autre il laisse évidemment la place à ceci : c'est que la reproduction peut aussi bien dans ce cas n'être pas la reproduction, je dirais entre guillemets, "légitime".
    Ce besoin, cet irréductible dans le rapport sexuel, on peut admettre, bien sûr, qu'il existe toujours, et Freud l'affirme.
    Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas mesurable, tant qu'il n'’est pas expressément - et il ne peut l’'être que dans l’'artefact et que dans l'artefact de la relation à l'Autre, avec un grand A - il n'est pas mesurable...
    Et c'est bien cet élément d'indétermination où se signe ce qu'il y a de fondamental : c'est très précisément que le rapport sexuel n'est pas inscriptible, n'est pas fondable comme rapport.
    C'est bien en quoi la lettre, la lettre dont je pars pour ouvrir mes Ecrits, se désigne de ce qu'elle est et de ce en quoi elle indique tout ce que Freud lui-même développe, c'est que si elle serre quelque chose qui est l'ordre du sexe, ce n'est pas certes le rapport sexuel, mais un rapport disons sexué.
    La différence entre les deux est celle-ci, ce que Freud démontre, ce qu'il a apporté de décisif, c'est que par l'intermédiaire de l'Inconscient nous entrevoyons que tout ce qui est du langage a affaire avec le sexe, est dans un certain rapport avec le sexe, mais très précisément en ceci que le rapport sexuel ne peut, du moins jusqu'à l'heure présente, d'aucune façon s'y inscrire.

    La prétendue sexualisation par la doctrine freudienne de ce qu'il en est des fonctions qu'on peut appeler subjectives à condition de les bien situer, de les situer de l'ordre du langage, la prétendue sexualisation consiste essentiellement en ceci que ce qui devrait résulter du langage, à savoir que la relation sexuelle d'une façon quelconque puisse s'y inscrire, montre précisément, et ceci dans le fait, montre son échec : elle n'est pas inscriptible.
    Vous voyez là déjà fonctionner ceci qui fait partie de cet effet d'écart, cet effet de division qui est celui auquel nous avons régulièrement toujours à faire et c'est bien pour cela qu'il faut en quelque sorte vous y former.
    C'est que j'énonce par exemple ceci que le rapport sexuel, c'est justement dans la mesure où quelque chose échoue, échoue à ce qu'il soit - est-ce énoncé dans le langage ... mais justement ça n'est pas énoncé que j'ai dit, c'est inscriptible - inscriptible en ceci que ce qui est exigible pour qu'il y ait fonction, c'est que du langage quelque chose puisse se produire qui est l'écriture expressément, comme telle, de la fonction à savoir ce quelque chose que déjà je vous ai plus d'une fois symbolisé de la façon la plus simple, (...) à savoir ceci : f dans un certain rapport avec x : x f x.

    Donc au moment de dire que le langage c'est ce quelque chose qui ne rend pas compte du rapport sexuel, il n'en rend pas compte en quoi ? En ceci que de l'inscription qu'il est capable de fomenter, il ne peut faire que cette inscription soit, car c'est en ça que ça consiste, soit ce que je définis comme inscription effective de quelque chose qui serait le rapport sexuel en tant qu'il mettrait en rapport les deux pôles, les deux termes qui s'intituleraient de l'homme et de la femme en tant que cet homme et cette femme sont des sexes respectivement spécifiés du masculin et du féminin chez qui, chez quoi ? Chez un être qui parle, autrement dit qui, habitant le langage, se trouve en tirer cet usage qui est celui de la parole.
    C'est en cela qu'ici ce n'est pas rien que de mettre en avant la lettre à proprement parler comme dans un certain rapport, rapport de la femme avec ce qui, de loi écrite, s'inscrit dans le contexte où la chose se place, à savoir du fait qu'elle est, au titre de Reine, l'image de la femme comme conjointe au Roi, c'est en tant que quelque chose est improprement ici symbolisé et typiquement du rapport comme sexuel, et il n'est pas vain que précisément il ne puisse être incarné que dans des êtres de fiction, c'est en tant que ceci que le fait qu'une lettre lui soit adressée prend la valeur que je désigne pour me lire, pour m'énoncer dans mes propres propos : ce signe, ce signe, il s'agit de la lettre, est bien celui de la femme, pour ce qu'elle y fait valoir son être, en le fondant hors de la loi, qui la contient toujours, de par l'effet de ses origines, en position de signifiant, voire de fétiche.

    Il est clair que sans l'introduction de la psychanalyse, une telle énonciation qui est pourtant celle dont procède, je dirais, la révolte de la femme, une telle énonciation que de dire que la loi la contient toujours, de par l'effet de ses origines, en position de signifiant, voire de fétiche, ne saurait, bien entendu, je le répète, hors de l'introduction de la psychanalyse être énoncée.
    Donc, c'est précisément en ceci que le rapport sexuel est, si je puis dire, étatisé, c'est-à-dire en étant incarné dans celui du roi et de la reine mettant en valeur de la vérité la structure de fiction, c'est à partir de là que prend fonction, effet, la lettre qui se pose sûrement d‘être en rapport avec la déficience, la déficience marquée d'une certaine promotion en quelque sorte arbitraire et fictive du rapport sexuel, et que c'est là que, prenant sa valeur, elle nous pose sa question.
    C'est tout de même une occasion ici, je ne considère pas que ceci s'’emmanche en quelque sorte d'une façon directe sur ce que je viens de rappeler, mais ces sortes de sauts, de décalages, sont proprement nécessités par le point où je veux vous mener, c'est une occasion de marquer qu'ici se confirme bien sûr ceci que la vérité ne progresse que d'une structure de fiction, c'est à savoir que justement dans son essence, c'est de ce que se promeuve quelque part une structure de fiction, laquelle est proprement l'essence même du langage, que quelque chose peut se produire, qui est quoi ?
    Mais justement, mais cette sorte d'’interrogation, cette sorte de pressage ou de serrage qui met la vérité, si je puis dire, au pied du mur de la vérification. Ce n'est rien d'autre que la dimension de la science, en quoi se montre justement la voie, se justifie, si je puis dire, la voie dont nous voyons que la science progresse, c'est que la part qu'y prend la logique n'est pas mince.
    Quel que soit le caractère originellement, fondamentalement, foncièrement fictif de ce qui fait le matériel dont s'articule le langage, il est clair qu'il y a une voie que j'appelle de vérification, c'est celle qui s'attache à saisir où la fiction, si je puis dire, bute et ce qui l’arrête. Il est clair qu'ici, quel que soit ce que nous a permis d'inscrire, et vous verrez tout à l'heure ce que ça veut dire, le progrès de la logique, je veux dire la voie écrite par où elle a progressé, il est clair que cette butée est tout à fait efficace de s'inscrire à l'intérieur même du système de la fiction : elle s'appelle la contradiction.
    Que si la science apparemment a progressé bien autrement que par les voies de la tautologie, ça n'ôte rien à la portée de ma remarque, à savoir que la mise en demeure portée d'un certain point à la vérité d'être vérifiable, c'est précisément ça qui a forcé d'abandonner toutes sortes d'autres prémisses prétendument intuitives et que si, j’'vais pas y revenir aujourd'hui, j'ai vivement insisté sur la caractéristique de tout ce qui a précédé, frayé la voie à la découverte newtonienne par exemple, c'est bien très précisément de ce qu'aucune fiction ne s'avérait satisfaisante autre qu'une d’'entre elles qui précisément devait abandonner tout recours à l'intuition et s'en tenir à un certain inscriptible.
    C'est donc en quoi nous avons à nous attacher à ce qu'il en est de l'inscriptible dans ce rapport à la vérification.

    Pour en finir, bien sûr, avec ce que j’'ai dit de l'effet de la lettre dans La Lettre volée, qu'ai-je dit expressément ? C'est qu'elle féminise ceux qui se trouvent en être dans une position qui est celle d'être à son ombre.
    Bien sûr, c'est là que se touche l'importance de cette notion de fonction de l'ombre pour autant que déjà la dernière fois dans ce que je vous ai énoncé de ce qui était précisément un écrit, je veux dire quelque chose qui se présentait sous forme littérale ou littéraire, l'ombre pour être introduite a besoin d'une source de lumière. Oui. Est-ce que jamais enfin vous a été sensible le fait de ce que comporte l'Aufklärung de quelque chose qui garde structure de fiction, je parle de l'époque historique, qui, bien sûr, n'a pas été mince et dont il nous peut être utile de... - il l'est ici et c'est ce que je fais -  d'en retracer les voies ou de les reprendre, mais en elles-mêmes. Il est clair que ce qui fait la lumière, c'est précisément de ce qui part de ce champ, qui se définit lui-même comme étant celui de la vérité.
    Et c'est comme tel, en tant que tel, que la lumière qu'il répand à chaque instant, dût-elle même avoir cet effet efficace de ce que ce qui y fait opacité projette une ombre, et que c'est cette ombre qui porte effet que cette vérité, elle-même, nous avons toujours à l'interroger sur sa structure de fiction.
    C'est ainsi qu'en fin de compte il ressort que, comme c'est énoncé expressément dans cet écrit, la lettre, bien sûr, ce n'est pas à la femme, à la femme dont elle porte l'adresse, qu'elle satisfait en arrivant à sa destination, mais au sujet, à savoir très précisément pour le redéfinir à ce qui est divisé dans le fantasme, c'est-à-dire à la réalité en tant qu'engendrée par la structure de fiction.
    C'est bien ainsi que se clôt le conte, tout au moins tel que dans un second texte, celui qui est le mien, je le refais, et c'est de là que nous devons partir pour réinterroger plus loin ce qu'il en est de la lettre.
    Et c'est très précisément dans la mesure où ceci n'a jamais été fait que, pour le faire, je dois prolonger moi-même ce discours sur la lettre.
    Voilà, ce dont il faut partir est tout de même ceci : c'est que ce n'est pas en vain que je vous somme de ne rien manquer de ce qui se produit dans l'ordre de la logique. Ce n'est certes pas pour que vous vous obligiez à en suivre les constructions et les détours, c'est en ceci que nulle part comme dans ces constructions qui s'intitulent elles-mêmes d’être la logique symbolique, nulle part n’apparaît mieux le déficit de toutes possibilités de réflexion.
    Je veux dire que rien n'est plus embarrassé, c'est bien connu, que l'introduction d'un traité de logique.
    L'impossibilité qu'a la logique de se poser elle-même d'aucune façon justifiable est quelque chose de tout à fait frappant. C'est à ce titre que l'expérience de la lecture de ces traités... et ils sont d'autant plus saisissants, bien sûr, à mesure qu'ils sont les plus modernes, qu'ils sont le plus dans l'en-avant de ce qui constitue effectivement et bien effectivement un progrès de la logique en tant qu'il est celui du progrès de l'inscription de ce qui s'appelle articulation logique, l'articulation de la logique elle-même étant incapable de définir ni ses buts, ni son principe, ni quoi que ce soit qui ressemble même à une matière.
    C'est fort étrange, c'est fort étrange et c'est précisément en ceci que c'est fort suggestif, car c'est bien là ce qui nous permet de toucher, d'approfondir ce qu'il en est de quelque chose qui ne se situe assurément que du langage et de saisir que, si peut-être, dans ce langage, rien de ce qui s'avance soi-même maladroitement comme étant de ce langage, disons, un usage correct ne peut très précisément s'énoncer qu'à ne pas pouvoir se justifier ou ne se justifier que de la façon la plus confuse par toutes sortes de tentatives qui sont par exemple celles qui consistent à diviser le langage en un langage objet et en un métalangage, ce qui est proprement le contraire de ce que démontre toute la suite, à savoir qu'il n'y a pas moyen un seul instant de parler de ce langage prétendument objet sans user, bien sûr, non pas d'un métalangage, mais bel et bien du langage courant.
    Mais dans cet échec même peut se dénoncer tout ce qu'il en est de l’'articulation qui précisément a le rapport le plus étroit avec le fonctionnement du langage, c'est-à-dire l'articulation suivante : c'est à savoir que le rapport, le rapport sexuel ne peut pas être écrit.

    Donc, à ce titre et à seule fin, si je puis dire de faire quelques mouvements qui nous rappellent la dimension dans laquelle nous nous déplaçons, je rappellerai ceci, à savoir comment d'abord se présente ce qui inaugure le tracé de la logique, à savoir comme logique formelle et dans Aristote.
    Bien sûr, je ne vais pas pour vous reprendre, encore que ça serait très instructif, ça serait très instructif, mais après tout chacun de vous peut, à se donner seulement la peine d'ouvrir les premiers Analytiques, se mettre à l'épreuve de cette reprise. Qu'ils ouvrent donc les premiers Analytiques et ils y verront ce qu'est le syllogisme et le syllogisme après tout, il faut bien en partir, du moins est-ce là que je reprends les choses, puisque à notre avant-dernière rencontre c'est là-dessus que j'ai terminé. Je ne vais pas le reprendre en l'exemplifiant, bien que ceci [torde ? une limite ... ], en l'exemplifiant de toutes les formes de syllogismes.
    Qu'il me suffise de mettre en valeur rapidement ce qu'il en est de l'Universelle et de la Particulière et dans leurs formes tout simplement affirmatives.
    Je vais prendre le syllogisme dit DARII, c'est-à-dire fait d'une universelle affirmative et de deux particulières et je vais vous rappeler ce qu'il en est d'une certaine façon de présenter les choses.
    Sachez simplement qu'ici rien en aucun cas ne peut fonctionner, ne peut fonctionner que de substituer dans la trame du discours, de substituer au signifiant le trou fait de le remplacer par la lettre.
    Car si nous énonçons ceci, pour ne nous occuper que de DARII, que, pour employer les termes d'Aristote, "Tout homme est bon", le "tout homme" est de l'universelle et je vous ai assez souligné, assez préparé en tout cas à entendre ceci, je veux sans plus le rappeler, que l'universelle n'a pour tenir besoin de l'existence d'aucun homme. "Tout homme est bon" peut vouloir dire qu'il n'y a d'homme que bon et que ce qui n'est pas bon n'est pas homme.
    Deuxième articulation : "Quelques animaux sont des hommes".
    Et troisième articulation qui s'appelle conclusion, la seconde étant la mineure : "Quelques animaux sont donc bons".
   Il est clair que ceci spécifiquement ne tient que de l'usage de la lettre pour la raison qu'il est clair que sauf à les supporter d'’une lettre il n'y a pas d'équivalence entre le "tout homme", le "tout homme" sujet de l'universelle, qui ici joue le rôle de ce que l'on appelle le moyen terme et ce même moyen terme à la place où il est employé comme attribut, à savoir que "quelques animaux sont des hommes".
    Car à la vérité, cette distinction qui mérite bien d'être faite demande néanmoins beaucoup de soin. L'homme de "tout homme" quand il est le sujet implique une fonction de l'universelle qui ne lui donne pour support très précisément que de son statut symbolique, à savoir que quelque chose s'énonce "l'’homme".

    Sous les espèces de l'attribut et pour soutenir que "quelques animaux soient des hommes", il convient bien sûr, c'est la seule chose qui les distingue, d'énoncer que ce que nous appelons homme chez l'animal est très précisément cette espèce d'animal qui se trouve habiter le langage. Bien sûr, il est à ce moment justifiable de poser que "l'homme est bon", c'est une limitation.
    C'est une limitation très précisément en ceci que ce sur quoi peut se fonder que l'homme soit bon tient à ceci, mis en évidence ceci depuis longtemps et d'avant Aristote, que l'idée du bon ne saurait s'instaurer que du langage. Pour Platon, elle en est au fondement : il n'y a pas de langage, ni d'articulation possible, puisque, pour Platon, le langage c'est le monde des idées, il n'y a pas d'articulation possible sans cette idée primaire du bien.
    Il est tout à fait possible d'interroger autrement ce qu'il en est du bon dans le langage et simplement, dans ce cas, d'avoir à déduire des conséquences qui en résulteront pour la position universelle de ceci que l'homme est bon, comme vous le savez, c'est ce que fait Meng Tzeu que je n'ai pas avancé pour rien ici dans mes dernières conférences.
    "Bon", qu'est-ce à dire ? "Bon" à quoi ? Ou est-ce simplement dire, comme ça se dit depuis quelques temps : "Vous êtes bon". (petite coupure du son)

    [Si les choses en sont venues à un certain point] dans la mise en question de ce qui est la vérité et aussi bien du discours, c'est bien peut-être en effet que ce changement d'accent qui a pu être pris quant à l'usage du mot "bon"... Bon... Bon, pas besoin de spécifier. Bon pour le service ..., bon pour le casse-pipe, bon pour, c'est trop en dire. Le "Vous êtes bon" a sa valeur absolue. En fait, c'est ça le lien central : c'est qu'il y a du bon... au discours.
    Dès que vous habitez un certain type de discours, vous êtes bon pour qu'il vous commande. C'est bien en cela que nous sommes conduits à la fonction du signifiant Maître.
    J'ai souligné qu'il n'est pas inhérent en soi au langage. Et que le langage ne commande, je veux dire ne rend possible, qu'un certain nombre déterminé de discours, et que tous ceux qu'au moins jusqu'à présent, je vous ai articulés spécialement l'année dernière, aucun d'entre eux n'élimine la fonction du signifiant-maître.
    Dire que "quelques animaux sont bons" est évidemment dans ces conditions pas du tout une conclusion simplement formelle.
    Et c'est en cela que je soulignais tout à l'heure que l'usage de la logique, quoi que ... elle-même, elle puisse énoncer, n'est pas du tout à réduire à une tautologie. Que quelques animaux soient bons justement ne se limite pas à ceux qui sont des hommes, comme l'implique l'existence de ceux que l'on appelle les animaux domestiques dont ce n'est pas pour rien qu'il y a longtemps que j'ai souligné qu'on ne peut pas dire qu'ils n'aient pas l'usage de la parole. Qu'il leur manque le langage et bien entendu bien plus les ressorts du discours ne les rend pas pour autant moins sujets à la parole. C'est même ça qui les distingue et qui les fait moyen de production.
    Ceci, vous le voyez, nous ouvre une porte qui nous mènerait un tout petit peu loin. Je vous ferai remarquer que je livre à votre méditation que, dans les commandements dits du Décalogue, la femme est assimilée aux susdits sous la forme suivante : "Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son boeuf, ni son âne..." et enfin une énumération qui est très précisément celle des moyens de production.
    Ceci n'est pas pour vous donner l'occasion de ricaner, mais de réfléchir en rapprochant ce que je vous fais remarquer là en passant de ce qu’'autrefois j'avais bien voulu dire de ce qui s'exprimait dans les commandements, à savoir rien d'autre que les lois de la parole, ce qui limite leur intérêt. Mais il est très important de limiter l’intérêt des choses pour savoir sur quoi vraiment elles portent.

    Bon. Et bien ceci étant dit, et ma foi, comme j'ai pu, c'est-à-dire par un frayage, enfin, qui, comme d'habitude, n'est-ce pas, est celui que je suis forcé de faire, du grand A renversé, de la tête de buffle, du bulldozer, je passe à l'étape suivante, à savoir à ce que nous permet d'inscrire le progrès de la logique.
    Vous savez qu'il est arrivé quelque chose, ce qui d'ailleurs... il est très, très beau que ça ait attendu quelque chose comme un peu plus de deux mille ans, qu'il est arrivé quelque chose qui s'appelle une réinscription de ce premier essai fait par le moyen des trous portés à la bonne place, à savoir par le remplacement des termes par une lettre, des termes dits majeur et mineur, extrême et moyen terme, des termes dits extrême et moyen terme, majeure et mineure étant des propositions, je vous demande pardon de ce lapsus. Alors vous verrez qu'’avec la logique inaugurée par les lois de Morgan et Boole, nous sommes arrivés, inaugurés seulement par eux, ils ne les ont pas fixés à leur dernier point, nous sommes arrivés aux formules d'identification que je vais écrire.

    Bruits dans la salle (quand il écrit au tableau) :

- on n'entend rien !
- Quoi ? Qui est-ce qui n'entend pas, personne... (rires). Il y a longtemps que vous ne m'entendez pas ?
- Quand vous écrivez au tableau...
- Ah oui ! alors jusqu'à présent, ça allait ! Je vous suis reconnaissant de me le dire... Alors, écoutez-moi, je vais écrire tranquillement et je vais revenir là.

    Bon, je viens de faire ces petits ronds pour vous montrer que la barre n'est pas une barre entre deux F(x), ce qui ne voudrait d'ailleurs absolument rien dire, mais que la barre que vous trouvez dans la colonne de droite, entre chacune des paires de F(x), cette barre est liée uniquement à l'’F(x) qui est en-dessous, c'est-à-dire signifie sa négation. L’'heure s’avance plus que je ne l'’imaginais, il semble que ça va peut-être me forcer d’'abréger un petit peu. Le fruit de l'opération d'inscription complète, celle qu'a permise, suggérée le progrès de la mathématique, c'’est de ce que la mathématique soit arrivée par l'algèbre à s'écrire entièrement que l'idée a pu venir de se servir de la lettre pour autre chose que pour faire des trous, c'est-à-dire à écrire autrement nos quatre espèces de propositions en tant qu'elles sont centrées du "tout", du "quelque", à savoir de mots dont il ne serait vraiment pas difficile de vous montrer quelle ambiguïté ils supportent.
    Alors, à partir de cette idée, on a écrit que ce qui se présentait d'abord comme sujet, à condition de l'affecter de ce grand A renversé, nous pouvions le prendre pour équivalent à tout x (" x) et que dès lors ce dont il s'agissait c'était de savoir dans quelle mesure un certain " x pouvait satisfaire à un rapport de fonction.
    Je pense que je n'ai besoin ici de souligner, pourtant il faut bien que je le fasse, sans ça, tout ceci paraîtrait vide, que la chose a tout à fait son plein sens en mathématique, à savoir que justement en tant que nous restons dans la lettre où gît le pouvoir de la mathématique, cet x de droite, en tant qu'il est inconnu, peut légitimement être posé ou pas posé comme pouvant trouver sa place dans ce qui se trouve être la fonction qui lui répond, c'est à savoir là où ce même "x" est pris comme variable.
    Pour aller vite, parce que je vous dis, l’heure avance, je vais l'illustrer.
   J'ai souligné, je l'ai dit, je l'ai énoncé que l'x qui est à gauche dans l'A de x ("x), nommément, est une inconnue. Prenons par exemple la racine d'une équation du second degré. Bon ! Est-ce que je peux écrire pour toute racine d'une équation du second degré qu’elle peut s'inscrire dans cette fonction qui définit l'x comme variable, celle dont s'instituent les nombres réels ? Ceux qui seraient ... pour qui tout ça serait vraiment d’un langage encore jamais entendu, je souligne que les nombres réels, c'’est en tout cas pour ceux-là tous les nombres qu'’ils connaissent, (rires), à savoir, y compris les nombres irrationnels, même s’ils ne savent pas ce que c'’est. Ils savent simplement qu'’avec les nombres réels, enfin, on en a fini, on leur a donné un statut. Comme ils ne soupçonnent pas ce que sont les nombres imaginaires, je le leur indique pour leur donner l’'idée que ça vaut la peine de faire une fonction des nombres réels.
    Et bien, il est tout à fait clair qu'il n'est pas vrai que pour tout x ("x), à savoir pour toute racine de l'équation du second degré, on puisse dire que toute racine de l'équation du second degré satisfasse à la fonction dont se fondent les nombres réels. Tout simplement parce qu'il y a des racines de l'équation du second degré qui sont des nombres imaginaires, qui ne font pas partie de la fonction des nombres réels. Ce que je peux vous souligner, c'est ceci : c'est qu'avec ça on croit en avoir assez dit. Eh bien, non ! On n'en a pas assez dit. Car aussi bien, pour ce qui est des rapports de tout x (" x) que du rapport que l'on croit pouvoir substituer au "quelque", à savoir dont on peut se satisfaire dans l'occasion, à savoir qu'il existe des racines de l'équation du second degré qui satisfont à la fonction des nombres réels et aussi qu'il existe des racines de l'équation du second degré qui ne satisfont pas.
    Mais dans un cas comme dans l'autre ce qui en résulte, loin que nous puissions voir ici la transposition purement formelle, l'homologie complète, complète des universelles et des particulières, affirmatives et négatives respectivement, c'est que ce que ceci veut dire, c'est non pas que la fonction n'est pas vraie ... qu'est-ce que ça peut vouloir dire qu'une fonction n’est pas vraie ? Du moment que vous écrivez une fonction, elle est ce qu'elle est, cette fonction. Même si elle déborde de beaucoup la fonction des nombres réels.
    Ceci veut dire que concernant l'inconnue que constitue la racine de l'équation du second degré, je ne peux pas écrire, pour l'y loger, la fonction des nombres réels, ce qui est bien autre chose que l'universelle négative dont les propriétés d'ailleurs étaient déjà bien faites pour nous la faire mettre en suspens, je l'ai assez souligné en son temps. Il est exactement de même au niveau de $ x. Il existe un x à propos duquel il existe certains x, certaines racines de l'équation du second degré, à propos desquelles je peux écrire la fonction dite des nombres réels en disant qu'elles y satisfont. Il en est d'autres à propos desquelles il ne s'agit pas de nier la fonction des nombres réels, mais à propos desquelles je ne peux pas écrire la fonction des nombres réels. Et bien, c'est ça qui va vous introduire dans la troisième étape, qui est celle en somme, tout ce que je viens de vous dire aujourd'hui est fait, bien sûr, pour vous introduire. C'est que, comme vous l'avez bien vu, je glisse tout naturellement à me fier au souvenir de ce qu'il s'agit de réarticuler, j'ai glissé à l'écrire, à savoir que la fonction avec cette petite barre au-dessus, symbolisait quelque chose de tout à fait inepte au regard de ce que j'avais effectivement à dire.
    Vous avez peut-être remarqué qu'il ne m'est même pas venu à l'idée, du moins jusqu'à présent, à vous non plus, de penser que la barre de la négation peut-être avait quelque chose à faire, à dire dans la colonne, non pas de droite, mais de gauche. Essayons. Quel parti peut-on tirer ? Qu'est-ce qu'on peut avoir à dire à propos de ceci que la fonction ne varierait pas, appelons-la "F (x)", comme par hasard, et à mettre, ce que nous n'avons jamais eu à faire jusqu'à présent, la barre de la négation, elle peut être dite ou bien écrite. Commençons par la dire : ce n'est pas de tout x que la fonction F(x) peut s'inscrire.  Ce n'est pas d'un x existant que la fonction F(x) peut s'écrire. Voilà ... je n'ai encore pas dit si c'était inscriptible ou pas.
    Mais à m'exprimer ainsi, j'énonce quelque chose qui n'a de référence que l'existence de l'écrit.
    Pour tout dire, il y a un monde entre les deux négations, celle qui fait que je ne l'écris pas, que je l'’exclus et, comme s'est exprimé autrefois quelqu'un qui était un grammairien assez fin, c'est forclusif : la fonction ne sera pas écrite, je ne veux rien en savoir. L'autre est discordantielle.
    Ce n'est pas en tant que "il y aurait un tout x" que je peux écrire ou ne peux pas écrire F(x).
    Ce n'est pas en tant qu'il existe un x que je peux écrire ou ne pas écrire F(x). Ceci est très proprement ce qui nous met au coeur de l'impossibilité d'écrire ce qu'il en est du rapport sexuel. Car après qu'aient subsisté pendant des temps, concernant ce rapport, les structures de fiction bien connues, celles sur lesquelles reposent toutes les religions, nous en sommes venus, ceci de par l'expérience analytique, à la fondation de ceci que ce rapport ne va pas sans tiers terme qui est à proprement parler le phallus.
    Bien entendu, j'entends, si je puis dire, une certaine comprenette se formuler : mais avec ce tiers terme, ... eh ! ça va tout seul ! Justement il y a un tiers terme, c'est pour cela qu'il doit y avoir un rapport. C'est très difficile, bien sûr, d'imager ça, de montrer qu'il y a quelque chose d'inconnu qui est là l'homme, qu'il y a quelque chose d'inconnu qui est là la femme, et que le tiers terme, en tant que tiers terme, il est très précisément caractérisé par ceci : c'est que justement il n'est pas un médium, que si on le relie à l'un des deux termes, le terme de l'homme, par exemple, on peut être certain qu'il ne communiquera pas avec l’'autre et inversement.   

Que c'’est spécifiquement là ce qui est la caractéristique du tiers terme. Que bien entendu si même on a inventé un jour la fonction de l'attribut, pourquoi ce ne serait-il pas en rapport dans les premiers pas ridicules de la structure de semblant, que tout homme est phallique, toute femme ne l'est pas. Or, ce qui est à établir, c'est bien autre chose, c'est que "quelque homme" l'est à partir de ceci qu'exprime ici la seconde formule, à partir de ceci que ça n'est pas en tant que particulier qu'il l'est : l'homme est fonction phallique en tant qu'il est "tout homme" ; et, comme vous le savez, il y a les plus grands doutes à porter sur le fait que le "tout homme" existe. C'est ça l'enjeu, c'est qu'il ne peut l'être qu'au titre de "tout homme", c'est-à-dire d'un signifiant, rien de plus.
semblant 8 pour tout x phi de x    Et que par contre, ce que je vous ai énoncé, ce que je vous ai dit, c'est que pour la femme, l'enjeu est exactement le contraire, à savoir ce qu'exprime l’énoncé discordantiel du haut, celui que je n'ai écrit si je puis dire que sans l'écrire, puisque je vous souligne qu'il s'agit d'un discordantiel qui ne se soutient que de l'énoncé, c'est que la femme, la femme ne peut remplir sa place dans le rapport sexuel, elle ne peut l'être qu'au titre "d'une femme". Comme je l'ai fortement accentué : il n'y a pas de "toute femme".
    Ce que j'ai voulu aujourd'hui frayer, vous illustrer, c'est que la logique porte la marque de l'impasse sexuelle. C'est qu'à la suivre dans son mouvement, dans son progrès, c'est-à-dire dans le champ où elle paraît avoir le moins affaire avec ce qui est en jeu dans ce qui s'articule de notre expérience, à savoir l'expérience analytique, vous y retrouvez les mêmes impasses, les mêmes obstacles, les mêmes béances et si je puis dire la même absence de fermeture d'un triangle fondamental.
    Les choses... je veux dire le temps s’'est avancé si vite avec ce que j’'avais à vous frayer aujourd'hui et que je dois maintenant m'’interrompre, je pense qu'il vous sera facile peut-être dès avant que nous nous revoyions le deuxième mercredi du mois de juin de vous apercevoir vous-mêmes de la convenance de ceci d'où résulte par exemple que rien ne peut être fondé du statut de l'homme, je parle vu de l'expérience analytique, qu'à faire artificiellement, mythiquement, ce "tout homme" avec celui présumé le père mythique du Totem et Tabou, à savoir celui qui est capable de satisfaire à la jouissance de toutes les femmes.
    Mais inversement, ce sont les conséquences dans la position de la femme de ceci que ce n'est qu'à partir d'être "une femme" qu'elle puisse s'instituer dans ce qui est inscriptible de ne pas l’'être, c'est-à-dire restant béant de ce qu'il en est du rapport sexuel, et qu'il arrive ceci, si lisible dans ce qu'il en est de la fonction combien précieuse des hystériques. Les hystériques sont celles qui, sur ce qu'il en est du rapport sexuel, disent la vérité. On voit mal comment a pu se frayer cette voie de la psychanalyse si nous ne les avions pas eues.
    Que la névrose, qu'une névrose tout au moins - je la démontrerai également pour l'autre - qu'une névrose ne soit strictement le point où s’'articule la vérité d'un échec qui n'est pas moins vrai partout ailleurs que là où la vérité est dite, c'est de là que nous devons partir pour donner son sens à la découverte freudienne.
    Ce que l'hystérique articule, c'est, bien sûr, ceci pour ce qui est de faire le "tout homme", elle en est aussi capable que le "tout-homme" lui-même, à savoir par l'imagination. Donc, de ce fait, elle n'en a pas besoin, mais que si, par hasard, ça l’intéresse le phallus, à savoir ce dont elle se conçoit comme châtrée, comme Freud l'a assez souligné, que par le progrès du traitement, du traitement analytique, elle n'en a que faire, puisque cette jouissance, il ne faut pas croire qu'elle l’'a... qu'elle l'a pas de son côté.
    Mais que si par hasard le rapport sexuel l'intéresse, il faut qu'elle s'intéresse à cet élément tiers : le phallus, et comme elle ne peut s'y intéresser que par rapport à l'homme en tant qu'il n'est pas sûr qu'il y en est même un, toute sa politique sera tournée vers ce que j'appelle : en avoir "au moins un".
    Cette façon de l'hommoinzun, c'est là-dessus que je termine, vous verrez que j'aurai par la suite, bien sûr, à la mettre en fonction avec ce que déjà, bien sûr, vous voyez là déjà articulé, à savoir celle de "l'’Un en plus", qui n'est pas ailleurs qu'ici, n'est-ce pas, tel que je l'ai écrit la dernière fois.
    Ce n'est pas pour rien que je l'ai écrit ainsi, je pense tout de même que chez certains cela a donné certains échos. L'hommoinzun comme fonction essentielle du rapport en tant qu'il situe la femme par rapport au point ternaire clé de la fonction phallique, nous l'écrirons ainsi, de cette façon, parce qu'elle est inaugurale, inaugurale d'une dimension qui est très précisément celle sur laquelle j'ai en somme insisté pour Un discours qui ne serait pas du semblant : l'hommoinzun.


   1. Incertitude sur le verbe "tordre" peu audible, dans cet aparté de Lacan : "bien que ceci torde une limite"
        ce passage est omis dans la version ronéotée.
   2. Version ronéotée : Si les choses en sont venues à un certain point dans la mise en question ...
   3 "Tout x" s'écrit ici : "A x  et il prononce "l'A de x"
   4.  idem
   5  "Tout x" s'écrit ici : " A x  et il prononce "tout x"
   6  première occurrence de ce séminaire de la lettre Phi, le 10 mars 1971 (séance n°5), puis ici sous la forme F(x), en place de F(x).
   7  NdR : Il s'agit de Pichon