L'espace de travail, l'Espace du mi-dit et le Groupe de travail sur l'institution vous proposent de venir en débattre.
Samedi
6 avril : "Position de la psychanalyse en 1991 : comment l'institution
objecte à la clinique psychanalytique."
.
"Pratique des textes : Enseignement, transmission".
Dimanche
7 avril : - "La passe : 24 ans après la proposition."
-
"Structures associatives : cartel, groupe, école, et nom."
retranscription ?
- débat : les 12 et 13 octobre 1991 JOURNEES d'ouverture : pour une association

Les
12 et 13 octobre 1991, il sera donc question d'association.
N'importe quelle association ne
convient pas à la psychanalyse. Il s'agit de fabriquer un collectif
déterminé par la fonction du manque et se passant donc de
fondateurs qui fassent garantie. En effet, l'absence des personnes qui
ont pu incarner cette position ne suffit pas à assurer cette place
vide. Celle-ci ne peut se fonder que de la dissolution. Ayant rencontré
diverses façons de combler ce manque, nous sommes repartis de l'acte
de dissolution de l'E.F.P. par Lacan, pour en poursuivre le travail d'élaboration
des impasses.
Issue de ce travail, une supposition
s'est formulée : viser la place vide par un nouage des trois dimensions
R.S.I. de la psychanalyse.
De l'écrit borde le "trou"
figurable comme espace central du noeud borroméen mis à plat,
où Lacan situe l'objet a. Cet écrit se présente
selon trois modalités : le(s) texte(s), le(s) nom(s) et les nominations,
le(s) statut(s).
Comment tenir la "corde du non-rapport",
de l'hétérogène ? Comment nous orienter pour que les
entours du trou ne fassent pas bord continu, rempart contre le trou ? Comment
nous donner quelque chance de maintenir l'écart nécessaire
entre cures et groupe, cures et école, école et groupe ?
Comment spécifier chacun des écrits dans leur homogénéité
et dans leur hétérotopie ? Comment rendre cette question
opératoire, afin de lui faire produire de l'écrit utilisable
: le texte d'orientation de l'association, son nom, ses statuts, et les
différents espaces sur lesquels elle se fonde ?
En pratique, les interventions, couplées avec le débat d'ensemble, concerneront ces trois questions selon un tressage situant textes-noms-statuts dans un ordre tournant à chaque demi-journée. La quatrième demi-journée fera le point des débats et abordera les dispositifs d'école (cartels, clinique, passe, garantie).
L'enjeu : l'associatif convient-il à la psychanalyse, et comment ?
L'association se fonde d'une élaboration des questions actuelles
posées par la psychanalyse et des apories rencontrées, en
1991, par son institution.
Dans le moment des ruptures qui nous rassemble, ce texte inscrit ce qui
nous détermine à poursuivre les conséquences de la
découverte de Freud, comme de la formalisation qu'en a produite
Lacan.
Les cures et la clinique
Parler implique l'inconscient, et d'abord du savoir reconnu, mais pas sans
effets sur le sujet, en tant qu'assujetti à la chaîne signifiante...
La cure psychanalytique, ce dispositif réglé par la parole,
en visant un bien-dire, engage le sujet à rencontrer sa vérité
dans ses effets de division, dont les formations de l'inconscient sont
les traces. Ainsi, la psychanalyse, pratique de discours, prend-elle consistance
du texte freudien. La lecture du texte de ces traces qu'écrivent
les différentes modalités de rejet d'un tel savoir, refoulement,
démenti, forclusion, rend possible un autre usage de ce savoir aliéné
qui fait symptôme. En les déchiffrant, en parlant dans le
mi-dit de la vérité, le sujet - à la tâche d'une
cure bien conduite - s'éprouve divisé et peut en venir à
réduire la part de jouissance qui s'y obstine. La cause de l'inconscient
échappe : ce n'est qu'en rencontrant une place vide, en s'identifiant
à cette absence dont il se trouve produit, que le sujet est engagé
par la cure à advenir "là où c'était"; cela
ne va pas sans défenses et résistances qui trouvent à
s'incarner dans le groupe.
La psychanalyse est du registre de l'expérience, de l'épreuve,
et se confronte à un impossible du savoir sur le sexe, sur le désir
de l'Autre. La réalité sexuelle de l'inconscient mise en
acte dans le transfert, l'expérience de la cure psychanalytique
permet de réitérer l'acte inaugural de constitution du sujet.
Or, s'il est une condition de la cure, le transfert fait aussi obstacle
à son déroulement : constat d'où se révèle
la structure. Ce n'est pas n'importe quelle éthique qui doit soutenir
cette rencontre.
Prendre acte d'une place vide "là où c'était" la fondation,
d'un réel dans la transmission et de la disparité des noms,
répond au marquage de la place du Nom-du-Père comme place
vide, à quoi la cure va confronter le sujet. Pour que cette réponse
maintienne une béance dans la théorie, des dispositifs de
parole et d'écriture mettent en jeu :
- des échanges sur les trouvailles, impasses, échecs, réussites
qui font l'ordinaire des cures, pour élaborer ce sur quoi opère
la cure, avec quoi et comment ; pour se plier, en parlant des cures, à
la discipline de lecture du savoir textuel.
- Une poursuite de la construction d'une clinique psychanalytique et d'une
théorie qui ne dénient pas l'articulation de la structure
de fiction de la vérité avec des faits dont relèvent
les conditions actuelles de la pratique des cures, en particulier :
. la façon dont le réel des camps de concentration a ébranlé
de façon durable dans la collectivité le nouage des dimensions
réelle, symbolique et imaginaire de la filiation,
. la fracture opérée par les progrès de la science,
en l'occurence de la génétique, sur l'idéologie oedipienne
qu'elle supportait dans la société petite-bourgeoise,
. les effets sur la subjectivité de l'idéalisation du "progrès
social" dans sa visée d'uniformité et ses conséquences
de ségrégation - jusqu'à la dénégation
de la folie et le rejet de la psychose.
D'une telle clinique se structure en retour l'expérience analytique
: du fait de l'articulation de l'inouï à entendre dans les
cures à une logique qui se révèle être une topologie
peut se maintenir de cette clinique le tranchant.
- La transmission des résultats de ces élaborations.
Rendre compte de sa pratique est certes nécessaire à ce que perdure l'expérience analytique elle-même, mais de plus conditionne l'abord de la question du "devenir analyste" et de la formation des psychanalystes.
Si le dispositif de la cure éclaire la question de la formation
de l'inconscient, nous attendons du dispositif de la passe qu'il éclaire
la formation du psychanalyste et son lien de structure avec celle de l'inconscient.
Que l'association, en soutenant l'aphorisme lacanien "le psychanalyste
ne s'autorise que de lui-même", n'ait pas à s'immiscer dans
ce passage n'empêche pas d'interroger la théorie de la fin
de la cure et l'acte analytique dont chacun toujours se détourne,
ni de cerner de quel impossible relève la persistance d'un défaut
concernant l'élaboration de ce savoir, et le rapport structurel
de la cure à la passe.
L'enjeu d'école est de gagner sur le non-encore transmissible de
la psychanalyse. La transmission de la psychanalyse n'est pas seulement
imaginaire, reproduction des analystes, ni seulement symbolique, filiation,
adoption..., elle procède aussi du réel et se trace de l'écriture
logique du pas-tout qui s'en produit. Le dispositif de la passe, comme
expérience collective mettant au travail ce lieu de méconnaissance
qu'est le réel de la cure, peut rendre effectif qu'il y ait école.
Mais s'il interroge le mode de méconnaissance du réel par
le groupe, et y assure donc quelque subversion, il s'avère d'expérience
que les effets de cette subversion sont insupportables au groupe, et viennent
à s'y échouer, au risque de suspendre le travail entamé.
Ainsi s'impose à nous de confectionner d'autres modalités
institutionnelles.
Bien étrange serait de tracer seul sa route dans le champ de la
psychanalyse... Plutôt se plier au sérieux de la série
: pour parer aux écueils de groupe, il s'agit de mettre en oeuvre
ce dont nous disposons déjà, principe de permutation, distinction
hiérarchie-gradus, hétérogénéité,
dispersion, mais dans une logique collective autre que la logique totalisante
de foule, une logique qui tienne compte de celle, asphérique, de
l'énonciation : pas-toute signifiante, elle intéresse le
désir et la jouissance du sujet dans sa singularité ; elle
est telle que "la vérité pour tous dépend de la rigueur
de chacun".
Freud a donné la formule d'une structure de foule : elle commence
à deux, sans limite numérique supérieure définie,
l'urgence est sa modalité temporelle, la hiérarchie des trois
modes d'identification fonde une communauté assurée du meneur
et du père tué, le commun s'y fonde d'un comme un. La mise
en place d'un fondateur, quel qu'il soit, garantit une logique de foule
selon la Massenpsychologie et la logique de l'exception réduite
à son imaginaire.
Dans un écart avec la foule, la logique collective amorcée
par Lacan commence à trois, nécessite une limite numérique
supérieure, son temps logique est celui de la hâte ; c'est
le sans-commune-mesure de l'objet a et le non-partageable de la
pure altérité qui font lien social, ouvrant sur une identification
à la place vide.
De cette logique collective, divers dispositifs tentent de réaliser
quelque chose, au niveau de la structure même : certains - déjà
éprouvés depuis leur mise en place à l'E.F.P. par
Lacan - comme le cartel, et le dispositif de la passe ; d'autres encore
à inventer. Le cartel : quatre se choisissent et poursuivent un
travail en vue d'un produit propre à chacun, ceci autour d'un plus-un,
qui vient faire nom pour la place vide, pour le moins-un, en une logique
du pas-tout ; de durée limitée, il est appelé à
se dissoudre. Un dispositif de la passe : un passant parle à deux
passeurs qui témoignent devant un cartel de la passe qui nomme l'A.E.
"L'A.E. ou analyste de l'Ecole est celui auquel on impute d'être
de ceux qui peuvent témoigner des problèmes cruciaux aux
points vifs où ils en sont pour l'analyse, spécialement en
tant qu'eux-mêmes sont à la tâche ou du moins sur la
brèche de les résoudre". (Proposition du 9 octobre 1967 sur
le psychanalyste d'Ecole).
Un pas de plus dans cette logique collective est ce qui a pris nom d'Espace
et qui tente de la faire opérer sur le réel du nombre.
Si la vérité n'est la propriété d'aucun et
dépend de chacun, elle demande que la parole ne soit pas sans conséquence,
et que chacun, dans l'Espace comme dans le cartel, porte son nom. Si, comme
dans le cartel, c'est à partir du travail que se constitue un Espace,
son inscription au sein de l'association marque la place vide d'un moins-un.
Les enjeux essentiels à la conduite de la cure, ceux d'un rapport
à une béance initiale, à une absence positivée
comme présence, le Nom-du-Père, s'inscrivent et se soutiennent
de cette logique du plus-un. La place vide s'y marque de plusieurs façons
:
- par des écrits, nom, texte, règlement, ...
- par des dispositifs de parole, à mettre en place pour l'élaboration
clinique, le choix des passeurs, selon la structure de la Dritte person,
en vue de l'élaboration d'un savoir qui ne soit pas sans la vérité
qui l'affecte.
Par suite, reste à élaborer la question de la garantie dans
ses trois registres réel, symbolique et imaginaire : qu'il n'y ait
de garantie véritable que du désir et de son énonciation
n'écarte pas son lien paradoxal à la reconnaissance sociale
d'une compétence, quelque problématique que soit toute garantie
à ce niveau.
De tels dispositifs, susceptibles de faire école, peuvent faire
fonction du plus-un, ainsi l'Ecole contribue avec les Espaces à
tramer l'étoffe de l'association. Les échanges avec d'autres
communautés analytiques et d'autres disciplines se feront aussi
bien dans l'Association que dans l'ouverture au public (publications, enseignements,
circulation des textes, journées d'études, ...).
Les modalités de fonctionnement collectif ont à tenter de
maintenir la radicale hétérogénéité
du discours analytique.
L'incidence des discours contemporains sur la subjectivité, progrès de la science et ses effets tant sur la fonction paternelle que sur les modernes procès de ségrégation, l'avancée monolithique du discours capitaliste et ses effets de sous-développement qui en sont la condition, rend comptable la psychanalyse de ce qui se dit et se fait en son nom. Elle a à le faire savoir pour dérouter ainsi le joug du savoir convenu qui conditionne les jouissances et uniformise l'idéal. Elle est responsable du symptôme qu'elle est en ce monde et qui est sa limite.
Les statuts, élaborés collectivement, tentent de plier l'Association
à cette logique collective ; la fabrication plurielle de ce texte
selon le principe d'une écriture à plusieurs concourt aussi
à inscrire une autre façon de faire avec le nom propre. Ces
écrits, de par leur(s) modalité(s), s'inscrivent dans la
logique qu'ils essaient dans le même temps de fonder, signes qu'aucun
et aucune n'a le tout de la question qui nous rassemble, et que plusieurs
en taillent le prisme.